Hier, Nicolas Sarkozy a appelé son homologue tchadien Idriss Déby pour tenter de parvenir à un règlement « négocié » dans l'affaire de l'Arche de Zoé. Paris se mobilise pour ses ressortissants. Enfin, a-t-on envie de dire. Tant on a senti pendant quelques jours, un vrai flottement à leur égard. Mais cette tardive mansuétude n'efface pas d'un coup, toutes les questions en suspend dans cette affaire. Quelques unes, très simples. Où est passé Bernard Kouchner ? Rama Yade est-elle à la hauteur de la situation ? La France aurait-elle pu empêcher l'opération hasardeuse de l'Arche de Zoé ? Et est-ce cette "faute" originelle qui met les autorités si mal à l'aise ? Et puis enfin, pourquoi l'Elysée a-t-il mis si longtemps à défendre un peu les 9 français inculpés au Tchad, si longtemps aussi à faire la distinction pourtant essentielle dans une démocratie, entre les membres de l'association et les journalistes qui les accompagnaient pour exercer leur métier ? Quelques questions, peu de réponse pour l'instant... Bernard Kouchner d'abord. Le ministre des affaires étrangères a certes un agenda chargé - ce sont les affres du métier - il termine aujourd'hui un déplacement en Asie. Mais enfin, il s'agit quand même du sort de citoyens français, qui risquent en terre étrangère "les travaux forcés". Or il est normalement du devoir de notre diplomatie de porter assistance à ses ressortissants, d'essayer aussi de s'assurer que la partie adverse, le Tchad en l'occurrence, ne profite pas de la situation pour faire de cette affaire, un dossier politique. Peut-on expliquer l'inhabituelle discrétion de Bernard Kouchner par la mise en cause frontale mais très argumentée d'un de ses anciens amis, Rony Brauman, co-fondateur avec lui de MSF, lui reprochant d'avoir dans cette histoire une "responsabilité morale", pour avoir installé dans l'esprit des gens la fausse idée, selon Brauman, d'un génocide au Darfour ? Les organisateurs de l'Arche de Zoé ne seraient-ils pas victimes alors, d'avoir pris au pied de la lettre le mot d'ordre humanitaire d'ingérence et d'action à tout prix de l'ex french docteur ? Nous n'avons d'autre choix que d'attendre ses explications. La conséquence immédiate de sa discrétion, c'est que c'est une novice, Rama Yade, qui a géré le dossier. Avec un aplomb certain, un manque de nuance et de précaution, tout aussi évidents. La secrétaire d'état aux affaires étrangères et aux droits de l'homme condamne sans relâche depuis le début cette opération, martelle "qu'elle a tout fait pour l'empêcher", assure à maintes reprises "le président Déby de toute sa confiance", malgré les accusations fantaisistes de pédophilie ou de trafic d'organes, finissant par donner la désagréable impression d'une véritable complaisance à l'égard du pouvoir tchadien et d'un lâchage des ressortissants français, quelles que soient leurs fautes et infractions. Last but not least. C'est peut être l'Elysée qui a, publiquement en tout cas, montré le mauvais exemple. Il aura fallu attendre près d'une semaine pour entendre dans la voix de Nicolas Sarkozy les premiers mots rassurants à l'égard des français inculpés. Oui, on s'occupe d'eux. Et on préférerait qu'ils soient jugés en France. Près d'une semaine pour qu'il fasse un distingo entre humanitaires et journalistes. "Quoi, pourquoi vous me parlez des journalistes s'énervait-il à Bastia mardi midi, vous défendez votre corporation ?" avant de se reprendre hier et concéder que la libération de ces journalistes était une priorité. Une semaine aussi pour se souvenir d'une règle essentielle de droit et de morale. Il a souhaité, parait-il, sensibiliser hier soir le président tchadien à "la nécessaire présomption d'innocence". Bien vu. Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy était le premier à parler "d'opération illégale et irresponsable". Si la présomption d'innocence gagne du terrain chez nous aussi, c'est bon signe.

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