**"Si ça vous amuse", les Mémoires de Michel Rocard qui sortent ce mercredi aux éditions Flammarion.Oui, d’abord ce titre « Si ça vous amuse » : c’est un titre tout à fait ridicule et totalement dévalorisant pour un livre passionnant, un vrai livre politique, une somme de réflexions sur le pouvoir, la réforme, la France, la gauche… « Si ça vous amuse » c’est la réponse qu’avait faite François Mitterrand à Michel Rocard, son premier ministre quand celui-ci lui exprimait son souhait de réformer les services de renseignements français, par exemple. Michel Rocard a fait cette réforme importante et méconnue, mais cette réflexion du président illustre bien le mépris agacé, l’incompréhension, voire l’exaspération que provoquait en lui, la fréquentation de Michel Rocard. Et franchement je ne comprends pas pourquoi Michel Rocard, qui est entré en politique en militant de la décolonisation, pendant que François Mitterrand, ministre de la justice de la quatrième République, refusait des grâces pour les militants pour l’indépendance de l’Algérie condamnés à mort, pourquoi celui dont les idées, ignorées pendant les campagnes, et qui ont bien souvent été appliquées, sans lui, une fois la gauche au pouvoir, pourquoi Michel Rocard dont le destin politique a été limité par François Mitterrand plus cynique et retors, pourquoi utilise t’il une phrase blessante comme titre d’un livre, qui, en réalité ne fait pas beaucoup de cas des relations tumultueuses avec l’ancien président. La malédiction Mitterrand qui a obstrué la route de Michel Rocard vers l’Elysée semble hanter l’auteur de « Si ça vous amuse » jusqu’à afficher en couverture de ce livre ce titre autodestructeur. C’est peut-être la grande faiblesse de Michel Rocard depuis le début… être fasciné par les cyniques, ceux qui veulent vraiment le pouvoir... Mais ça c’est de l’ordre de la psychologie ou de la psychanalyse plus que de l’analyse politique. Oui, parce qu’il n’y a pas que le titre quand même, dans ce livre !Non bien sûr. Ce livre est un livre politique. Et, paradoxalement ce n’est pas courant pour un homme politique en fin de carrière. D’habitude, en début de carrière l’homme politique qui a des ambitions écrit un livre politique, un « ce que je crois ». En fin de carrière, si l’homme politique en question a réussi, s’il a été au pouvoir, il écrit des mémoires. Un livre qui le dépeint au milieu des grands de ce monde et dresse un bilan avantageux et sélectif de ses actions. Généralement ce n’est pas un livre à proprement parler politique. Imaginez que Jacques Chirac ou François Mitterrand aient écrit leurs mémoires politiques, ça n’aurait été que le récit de leurs revirements, de leurs trahisons, une série de contradictions et de positions opportunistes. La vie et l’action politique de Michel Rocard part, en gros, du PSU, de l’autogestion, et va jusqu’à Matignon avec, tout au long de son parcours des constances, des évolutions mais une cohérence… la volonté de promouvoir un pragmatisme jamais dénuée d’une once d’utopie, un combat pour une société du contrat et de la négociation plutôt qu’une société de l’affrontement et du rapport de force. Ce livre, en réalité retrace l’histoire de ce que l’on a appelé la deuxième gauche, cette mouvance souvent caricaturée à gauche, souvent taxée de centriste (suprême insulte). Une gauche qui place l’éthique et la transparence dans la façon de gouverner au même rang que le programme politique lui même. Ils ne sont pas nombreux les hommes politiques qui peuvent au soir de leur vie écrire un vrai livre politique, et même un livre théorique. Michel Rocard en fait parti. Voila pourquoi il faut lire ce livre malgré son titre ! Si ça vous amuse, de Michel Rocard, chez Flammarion. Sortie le mercredi 3 novembre.**

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