Par Marc Fauvelle.

Marine Le Pen et le syndrome "Homeland".

Revenons quelques heures en arrière. Hier matin, la présidente du FN est interrogée sur le retour des otages d'Arlit. Et Marine Le Pen fait part de son malaise devant les barbes portées par deux des ex-otages, devant leur habillement et en enfin le chèche que certains d'entre eux portaient à leur descente d'avion. Interrogée sur ce qu’elle veut dire, elle s'arrête net, elle n'en dit pas plus, mais le sous-entendu est sans équivoque : la barbe, le chèche, les vêtements, tout cela nous ramène bien sûr à l'islam, avec en filigrane, la question de savoir si ces otages ou ex-otages ont été victimes d'un syndrome de Stockholm, s'ils sont devenus musulmans, voire islamistes, voire terroristes téléguidés par leurs anciens geôliers… C'est la force du sous-entendu, il ouvre la voie et la porte à tous les fantasmes. Et c'est là qu'arrive cette référence à la série américaine, Homeland... L'histoire d'un marine américain, accueilli en héros dans son pays, après avoir été l'otage d’Al-Qaïda et dont une enquêtrice de la CIA pense qu'il a été retourné pour commettre un attentat.

La force de cette série, ce n'est pas tant cette histoire que la gêne qu'elle provoque chez celui qui la regardent... Un aller-retour permanent dans notre cerveau sur le regard que nous portons sur ce héros ou ce non-héros. Est-il un héros, est-il un salaud ? Chaque épisode nous fait douter, puis nous donne une nouvelle pièce à charge ou à décharge qui vient contrebalancer ce que nous pensions une minute ou une heure plus tôt. Ce syndrome Homeland s'illustre à merveille dans une scène en particulier. A un moment où tout laisse à penser que le sergent Brody, c'est son nom, n'a rien d'un terroriste, on le voit s'enfermer dans son garage, dérouler un tapis et commencer à réciter des versets du Coran. Aussitôt, notre intuition nous dit que c'est un indice... S'il se cache et s'il s'est converti, c'est qu'il ment, et s’il ment, c'est bien la version terroriste qui reprend le dessus.

Mais la différence entre une série télé et la politique, c'est qu'on n’attend pas de la deuxième qu'elle joue sur nos peur, nos réflexes ou nos fantasmes. On nous répondra que Marine Le Pen a peut-être dit tout haut ce que ce certains d’entre vous, d'entre nous, ont pensé furtivement en voyant ces images, c'est vrai... Mais poser une telle interrogation sur la place publique, c'est à la fois une insulte faite aux otages, et une autre à notre intelligence collective.

Mais dans la journée, la présidente du Front National est revenue sur ses propos…

Parlant d'une maladresse, d'un emballement médiatique dont elle serait une nouvelle fois la victime. Un mini mea culpa qui est également une première, me semble t-il au Front National. Marine Le Pen n'était pas revenue sur ses propos comparant les prières de rue en France à l'occupation allemande, son père n'avait jamais renié sa formule sur les chambres à gaz... Alors maladresse ou provocation ? Chacun sera libre de juger, mais on n'a pas le souvenir par exemple que Marine Le Pen se soit interrogée, au moment de la libération d'Ingrid Betancourt, sur le pantalon et la veste militaires que portait l'ex-otage des Farc à sa descente d'avion. Ça, ça ne la gênait pas. Non, c'est bien cette barbe, lourde de sous-entendus, qui est suspecte. Au Front national, le visage de l'adversaire a changé. A celui du juif, qui hantait le père Le Pen, c'est celui du musulman qui focalise l'attention de la fille quand elle livre peut-être, le fond de sa pensée. A joutez y un petite dose de conspirationnisme, (on nous cache tout, on nous dit rien) et on peut même penser que Marine Le Pen a réussi son coup, en alimentant tout ce que le parti compte encore d'amateurs de la théorie du complot... On l'a entendue elle, hier, mais quasiment pas les familles des ex-otages expliquant que ce chèche et que cette barbe étaient un hommage à ceux qui sont toujours détenus... Voilà pourquoi ce malaise de Marine Le Pen nous met si mal à l'aise.

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