Votre édito du jour, Yael Goosz : 1er novembre, fête de tous les saints, mais pas des chômeurs…

C’était annoncé : le gouvernement reprendrait la main en cas d’échec des partenaires sociaux à gérer l’Unedic et sa dette de 35 milliards d'euros… Et c’est ce qu’il a fait : les décrets sont passés dans l’été, Pôle emploi a briefé ses agents… Bref, c’est un train de réforme qui arrive à l’heure, conforme aux instructions du chef de gare Macron. Dans sa campagne, il prônait déjà l’incitation au retour à l’emploi plutôt que la trappe à chômage.  

Mais c’est là, maintenant, aujourd’hui, c’est concret. Les Français vont toucher du doigt le changement. Et ce changement-là, le gouvernement aura bien du mal à le qualifier de « progressiste ». Même le syndicaliste modéré Laurent Berger ne décolère pas : une « punition », dit-il, "l’une des pires réformes sociales depuis 25 ans." Cette CFDT dont on comprend bien que sur ce coup-là, elle n'a pas murmuré à l’oreille du Président.  

A ceux qui doutaient du Macron réformateur après la crise des Gilets jaunes, la démonstration est faite qu’il continue !  

Oui, et il réforme quand ça va mieux, sinon rien ne se fait, c’est son credo. La croissance française résiste, le chômage baisse. Autant de raisons, dit la ministre Muriel Penicaud, d’inciter à la reprise d’un emploi, surtout quand le gouvernement met le paquet sur la formation (un plan de 15 milliards d'euros sur 3 ans).

Et quand on lui rétorque qu’il s’attaque aux plus précaires, aux plus fragiles ? Le gouvernement sort sa carte maîtresse : même les cadres y passent ! Dégressivité pour les plus hauts revenus ! Si la réforme est punitive, elle l’est pour tous ! 

On n’entrera pas ici dans les détails techniques, mais on parle d’au moins 700.000 personnes impactées ! Avec une baisse d’indemnisation de 22% en moyenne. Parfois plus, jusqu’à 50%. Il faudra travailler plus longtemps sur une période de référence plus courte. Et les droits ne seront rechargés qu’à partir d’un seuil 6 fois supérieur. Avec pour conséquence de précariser encore plus, les jeunes et ceux qui enchaînent les petits boulots : combien de chômeurs basculeront dans le RSA ? La question est posée.

Vous oubliez les deux promesses de campagne tenues…   

L’accès aux allocations pour les indépendants et pour les démissionnaires. Sauf que les conditions pour en bénéficier sont pour l’instant si drastiques qu’il y aura peu d’élus.   

Donc oui il y a des secteurs où on peut "traverser la rue" pour trouver un emploi, mais avec quel filet de sécurité demain si on le perd, et avec quelle retraite ?

On le voit, Emmanuel Macron ne peut pas être taxé d’immobilisme, mais sa politique a de quoi produire des effets anxiogènes. Président plastique et insaisissable : thaumaturge à Rouen pour panser les plaies de Lubrizol. Dur sur l’immigration dans un hebdomadaire ultra-conservateur. On en oublierait presque le geste inédit d’Edouard Philippe, hier, pour aider la Seine Saint-Saint-Senis, département le plus pauvre de France métropolitaine. 

Tout ça en 48 heures ! Des agendas politiques de court terme ou improvisés se télescopent avec l’entrée en vigueur de réformes déjà lancées… Au risque de faire perdre le fil et de brouiller le récit du quinquennat. 

Au gouvernement, la réforme des retraites inquiète, pas l'assurance-chômage. Car les chômeurs ne constituent pas un front uni et syndiqué capable de bloquer le pays. Peut-être. Mais dans cette France archipel, c'est un groupe de plus, qui risque de se montrer méfiant, pour ne pas dire défiant, à l'égard du Président.

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