Lionel Jospin est très critiqué depuis la sortie de son livre "L'impasse". Pour de nombreux socialistes, cet ouvrage participe à la curée contre Ségolène Royal. L'ancien premier ministre tente de se défendre en clamant "lisez mon livre!" Et il a raison Lionel Jospin, un livre entier, dans son déroulé, vaut toujours mieux que 3 pages jetées opportunément en pâture et censées résumer les 137 autres. "L'impasse" vaut donc mieux que les anathèmes subies, mieux que l'accueil qui lui a été fait par "Libération" avant même sa sortie sous le titre "Jospin flingue Royal". Pourquoi ce ne serait pas l'objet du livre ce flingage en règle de la candidate socialiste ? Si, indéniablement. Dès son introduction, le jugement est sans appel. Lionel Jospin parle de Ségolène Royal comme "celle qui était la moins capable de gagner", et son objectif est tout aussi clairement affiché "il ne faut pas que cette illusion se prolonge." Tout y passe donc pour dénoncer ce qu'il appelle le "fourvoiement" de 2007. Les conditions de désignation de la candidate, avec un PS méprisé par celle-là même qui réclame ses suffrages, une démocratie d'opinion qui aboutit à installer l'idée "irrationnelle", dit-il, qu'elle seule pouvait assurer la victoire, une élection qui au final se fait sur la "féminitude" de Ségolène Royal et non sur des choix politiques. La campagne erratique, les causes de la défaite, pas à chercher du côté des éléphants, mais de son côté à elle. Sa stratégie d'évitement de Sarkozy, ses écarts insolites par rapport aux fondamentaux de la gauche, ses improvisations hasardeuses sur l'international, le réquisitoire est complet. Il occupe plus de 80 des 140 pages de "L'Impasse". Le reste étant consacré à l'identité du PS et au problème posé de ses futures alliances. Argumentaire intéressant donc mais qui n'épuise ni les questions ni les critiques. Question d'abord sur la légitimité puis sur l'opportunité de ce livre. Peut-on se critiquer à l'intérieur d'une même famille politique ou doit-on laisser l'exercice à l'adversaire ? Après la défaite 47/53 de mai dernier, il est sain de s'interroger sur ses causes. Seul problème, il n'est pas mince car il décrédibilise la parole de Lionel Jospin, l'ancien premier ministre est prompt et complet lorsque il s'agit de disséquer la Faute Royal, quand il a été longtemps mutique et désormais un peu rapide pour parler de son propre échec de 2002. Se laisse-t-il gagner par sa détestation personnelle de Ségolène Royal ? Il faut convenir que c'est la faiblesse du livre, dire que la "personnalité" de Ségolène Royal explique sa défaite ne relève pas de l'analyse politique. Question sur l'opportunité, y a-t-il un bon moment pour critiquer ? Avant la campagne, Lionel Jospin s'y est essayé, en vain. Pendant, que n'eût-il entendu s'il l'avait fait, 5 ans avant le prochain rendez-vous présidentiel. Oui, pourquoi ne pas lancer le débat et dire ce qu'il y a dire avec une franchise, une crudité parfois une cruauté, qui peuvent être gênantes à entendre, mais qui ne sont pas inutiles pour préparer l'avenir. Alors, reste la dernière question, ce livre "pour quoi faire?", et si Jospin organisait une fois encore son retour croient aujourd'hui deviner quelques-uns de ses camarades ? L'effacement de Dominique Strauss-Kahn, les tergiversations de Ségolène Royal sur sa stratégie de reconquête de l'opinion, l'activité sage de Laurent Fabius encore et toujours minoritaire, l'attentisme obligé de Bertrand Delanoe, lui laissent de l'air, de l'espace dans les media pour s'exprimer. Mais lui donnent-ils de l'espoir ? C'est toute la question. Sincèrement, les dénégations de l'intéressé dans son livre quant à ses envies passées et présentes de retour sont parmi les pages les moins convaincantes de l'ouvrage.

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