En cette période de crise et de craintes, la communication gouvernementale est assez délicate à manier. Le Président et le gouvernement sont sans cesse tiraillés entre la nécessité de rassurer la population et celle de maintenir une certaine dramatisation. Rassurer est essentiel puisque ce genre de crise se nourrit de la peur. La peur est le virus le plus contagieux en politique. Victor Hugo, lors de la Commune de Paris disait « dans ces moments de panique, je n'ai peur que de ceux qui ont peur ». Mais rassurer l'opinion est un art très sophistiqué. La facilité consisterait à minimiser les effets de la crise. C'était la technique utilisée à la grande époque des dévaluations du franc, dans les années 80. 5 minutes avant l'opération, le ministre des finances se serait fait couper une main plutôt que d'avouer la nécessité d'une dévaluation. La psychologie collective joue un rôle et affirmer contre toutes évidences que le problème n'est pas si grave pouvait contribuer à ne pas l'aggraver ! Aujourd'hui, c'est différent. La seule façon efficace de rassurer serait de persuader les Français que leur système bancaire est le plus solide et que notre Etat est un garant sûr. « N'ayez pas peur » nous dit le Président... mais c'est un peu comme quand on vous dit « t'énerves pas » il n'y a rien de plus énervant ! Et puis il faudrait que l'on sente que le Président et le gouvernement sont eux aussi rassurés ! Or, les silences ou la méthode Coué de Bercy donnent l'impression du contraire, tout comme l'appel à l'union nationale façon 1914 ! Du coup, on ne sait plus si le gouvernement cherche à rassurer ou à dramatiser. Il fait les deux à la fois et c'est bien ça le problème. Les deux sont nécessaires et antagonistes. La dramatisation est utile pour faire accepter à l'opinion la remontée du chômage, l'abandon des promesses de campagne quitte à accréditer l'idée que le fameux volontarisme du Président n'est plus qu'une humeur dérisoire face aux turbulences du monde ! Dramatiser, et donc d'une certaine façon faire peur, parce que c'est depuis toujours la meilleure façon de gouverner - comme le dit l'historien américain Corey Robin : « La politique c'est avant tout choisir de favoriser une peur parmi toutes les peurs ». En ce sens, l'injonction présidentielle « n'ayez pas peur » synthétise parfaitement cette nécessité ambivalente : rassurer et dramatiser ! Les médias aussi sont face à ce dilemme. Simplement en expliquant ce qui se passe, on dramatise ou l'on rassure, sans toujours d'ailleurs savoir ce que l'on fait. Et malheureusement pour lui, le gouvernement n'a pas un Jean-Pierre Pernaud dans chaque chaîne et sur chaque radio. Jean-Pierre Pernaud qui terminait hier le dossier de la crise par cette phrase définitive « l'info du jour c'est que les banques française sont solides »... jusqu'à l'info de demain sans doute !

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