Il pourrait devenir tendance. L’impôt, outil par excellence de la politique, l’impôt dont la forme, la façon dont il est prélevé, ce sur quoi il est assis, ses planchers et ses plafonds, le confort ou pas de ses niches, caractérisent une politique. L’impôt est par nature impopulaire et l’objet de milles traits d’humour et de railleries plus ou moins populistes. Il est aussi l’objet de mille fantasmes ou paré de pouvoirs magiques. A gauche on fait payer les riches et le tour est joué « au dessus de 40.000 F je prends tout » disait le regretté Georges Marchais. On parlait en Francs et sa formule servait de réponse réflexe aux interrogations sur le financement de son programme faramineux. A droite, c’était l’inverse « baissez les impôts » nous disait-on depuis les années 8O jusqu’à maintenant, et vous verrez les entreprises accourir, les entrepreneurs entreprendre et les riches redistribuer d’eux même. L’impôt sur les revenus a eu ses périodes de grâce et de disgrâce. S’il est acquis que c’est cet impôt là qui permet le mieux d’instaurer une progressivité et donc une relative justice fiscale, ça n’a pas été toujours évident. La gauche républicaine a tenté de l’imposer sans succès pendant toute la fin du XIXème siècle. Elle trouvait face à elle les puissances de l’argent, le Second Empire, puis Adolph Tiers. L’impôt sur le revenu était présenté par la droite de l’époque comme une sorte de monstruosité révolutionnaire. C’est au début du vingtième siècle que Joseph Caillot, radical et libéral à la fois a réussi à instaurer ce principe après d’âpres, longs et souvent calomnieux débats. Mais c’est surtout après la Première guerre mondiale que les gouvernements conservateurs, puis le bloc des gauches ont compris qu’il fallait mieux instaurer une forme de redistribution plutôt que de risquer une révolution comme en Russie. En 1945 on instaure enfin une vraie république sociale, basée sur la solidarité. A cette époque, pas de bouclier fiscal, plus ont est riche plus on paie… le capitalisme ne s’en est pas plus mal porté, au contraire. Et puis viennent les années 80... L’impôt passe de modeOui, c’est la grande époque reaganienne et thatchérienne. L’Etat est considéré comme un problème et l’impôt comme un poison. Haro sur les taxes. Cette mode anglo-saxonne gagne les esprits en France, à droite comme à gauche. Après avoir créé l’ISF, longtemps totem de la gauche (l’ISF qui se contourne trop facilement et ne taxe pas les vraies fortunes) François Mitterrand prononce son fameux « trop d’impôt tue l’impôt ». Depuis nous vivons sur la promesse permanente, plus ou moins tenue, de baisses d’impôts. Le bouclier fiscal, totem du sarkozysme, qui est en train de voler en éclats est sans doute le dernier soubresaut de cette tendance dépassée. A droite, comme à gauche on parle désormais de grand soir fiscal nécessaire. On affirme vouloir remettre de la progressivité dans une fiscalité qui, ces dernières années avait accru les disparités de revenus en France et ailleurs. On parle d’imposer autrement le capital et les transferts financiers. L’impôt redevient un outil propre. Tout est dans les mots. Alphonse Allais l’avait compris en disant qu’il fallait « demander plus à l’impôt et moins au contribuable ». Mais par rapport aux années 20 qui avaient marqué l’encrage de l’impôt sur le revenu et l’après Seconde guerre mondiale qui avait institué la redistribution, l’impôt envisagé aujourd’hui est plus dur a faire accepter. Aujourd’hui l’impôt parait indispensable, non pas pour « redistribuer » ou consolider le service public mais pour combler, le moins injustement possible, l’immense déficit hérité de cette période de bannissement de l’impôt.

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