Ce matin, vous vous intéressez au(x) rôle(s) des chiffres dans la politique.

Oui, il y a toujours un chiffre qui domine l’actualité politique. En ce moment, celui qui colonise nos débats et a fait descendre les sympathisants du Front de Gauche dans la rue hier, c’est 3 ! 3%. Le taux de déficit du PIB que la France doit atteindre en 2013. C’est une promesse électorale, un engagement européen, c’est une nécessité absolue ou une folie économique selon les avis. L’année dernière notre obsession chiffrée était une note : le triple A ! On l’a perdu, ça n’a rien changé, nous empruntons toujours à des taux relativement réduits, la France est toujours hexagonale et nos finances publiques continuent leur lente dégradation. Revenons à notre 3. En allant à Bruxelles dès son élection en 2007 pour négocier le non respect du 3%, Nicolas Sarkozy commettait un acte munichois du point de vue des plus rigoristes, ou une erreur d’analyse, au vu de la crise des finances publiques survenue deux ans plus tard. Aujourd’hui la particularité de ce chiffre est qu’il reste un objectif absolument décisif pour le nouveau président, alors que la quasi totalité de la classe politique sait déjà (et commence à le dire même micros ouverts) qu’il ne sera pas atteint. Ceux qui parlent ainsi sont encore quasiment traités de défaitistes. Le 3%, cause nationale, fait office de nouvelle ligne bleue des Vosges. Le chiffre remplace l’argument politique et même la norme, le droit. D’ailleurs certains veulent constitutionaliser des chiffres. C’est la règle d’or !

Est-ce que ça veut dire que les chiffres tuent le débat politique ?

Un peu ! Les chiffres qui doivent être des points de repère deviennent des buts politiques, ils introduisent une fausse objectivité qui disqualifie le débat théorique, lui enlève toute valeur philosophique. John Locke ou Karl Marx étaient philosophes et économistes. Les gourous économistes actuels ne sont pas souvent philosophes ! Le débat politique est maintenant rempli de graphiques, de courbes en tous genres. Crus, bruts! Alors pour mettre de la vie dans les chiffres, on débat du contenu des taux et des indices, comme si l’on voulait transformer le thermomètre en objet vivant. On veut introduire des critères de développement humain ou de qualité de la vie dans les PIB et les PNB. On décortique la croissance, les déficits, on différencie les dépenses de fonctionnement de celles d’investissement. C’est l’éternel débat sur le bon et le mauvais cholestérol. On peut se faire plaisir pour rendre le chiffres gentils, ce seront, en fait, toujours ceux qui ont de l’argent et le prêtent qui décideront de la lecture qu’il faut en avoir ! Pourtant derrière la rigueur minérale d’un chiffre se cachent des réalités bien diverses. Prenons un journaliste économiste expert en maniement des chiffres : Philippe Lefébure. Philippe mesure 1m91 et pèse un peu plus de 100 kg ! J’ai devant moi la liste des poids et tailles des joueurs de l’équipe de France de rugby. Si on se réfère à vos chiffres, vous pourriez en être Philippe ! Par exemple vous faite le même poids et avez la même taille qu’Aurélien Rougerie, trois-quart de Clermont. Et pourtant, sans vouloir vous vexer, vos chiffres communs ne recouvrent pas tout à fait la même réalité morphologique. Rappelons-nous de ça en écoutant les chiffres qui peupleront la chronique de Philippe (ou regardant courir Aurélien Rougerie). Et puisqu’on est lundi, en écoutant, le billet de Nicolas Beytout dans une heure. Je ne le connais pas encore assez bien pour vous donner sa taille et son poids ! Mais méfions-nous des chiffres de nos amis économistes ! Ils cachent des idées.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.