Quoi, ce matin vous ne faites pas votre édito sur de la victoire de Gérard Larcher à la tête du Sénat ?

Non, un sexagénaire male, de droite modérée en costume sombre, doté d’un léger embonpoint soutenu par Fillon, en a battu un autre (soutenu par Sarkozy), ça ne changera rien. Gérard Larcher, c’est lui qui remplacerait pendant 40 jours François Hollande si celui-ci devait disparaître, noyé, par exemple sous des flots d’une averse plus abondante que d’habitude… Rien à dire de plus sur le sujet !

Bon vous préférez nous parler de la grogne des professions libérales…

Oui, et parmi eux, il y a des pharmaciens et des dentistes qui devraient savoir, mieux que quiconque, qu’il n’y a pas pire à traiter qu’un patient qui crie avant d’avoir mal ! Les négociations pour modifier le périmètre de leurs professions vont commencer et… préventivement ces métiers que l’on dit protéger (et qui préfèrent se présenter comme protecteurs) font déjà acte de défiance. Emmanuel Macron, précisera dans quelques jours ses propositions. Finalement, nous sommes toujours dans la même configuration : un gouvernement qui veut réformer, assouplir, libéraliser, une ou plusieurs professions. Ces dernières prennent ces mots « assouplir » « libéraliser » pour les instruments de l’imparable destruction de notre modèle social. Les pharmaciens, les notaires ne défendent pas (officiellement) leur pouvoir d’achat, ils défendent un service de santé et une sécurité juridique.

Officiellement donc les objectifs des uns et des autres sont les mêmes. Mais chacun semble d’abord voir l’intérêt caché de l’autre et l’on en arrive toujours au même point de blocage, inexorable, exaspérant.

Ces professions se disent stigmatisées…

Toujours ! C’est devenu la base pour commencer une négociation en France : le corporatisme victimaire et pleurnichard. Il est vrai qu’Arnaud Montebourg, en rappelant quelques vérités sur les revenus et les protections parfois ancestrales et anachroniques dont bénéficient ces professions, notamment les notaires, s’est fait un peu plaisir cet été, sur la base d’un terrible rapport de l’inspection des finances. Mais aujourd’hui Emmanuel Macron, veut passer de la politique de la baffe à la politique de l’acuponcture. « L’acuponcture » c’est l’image distillée par ses proches. Le problème c’est que dans notre pays qui marche à l’affrontement et conflits plutôt qu’au compromis et au contrat, quand un ministre se montre offensif sur un sujet, tous les professionnels concernés se sentent outragées et donc descendent dans la rue ! Si, en revanche, le ministre se montre conciliant et ouvert, c’est qu’il est faible ! C’est le moment de faire monter les enchères et donc, aussi, de descendre dans la rue ! La droite au pouvoir connaît ça avec, les fonctionnaires ou les étudiants. La gauche au pouvoir avec les professions libérales ou les agriculteurs. Le résultat c’est l’immobilisme. La différence entre François Hollande et ses deux prédécesseurs (qui n’ont rien réglé), c’est que l’actuel président n’a –du point de vue de sa popularité- plus rien à perdre. C’est peut-être paradoxalement le seul carburant de l’audace possible dans la France telle qu’elle est organisée

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