Ce matin, la majorité silencieuse a changé de camp…

Oui, ce terme « majorité silencieuse » désignait autrefois cette partie de la population, censée être majoritaire mais absente du débat public. Une foule de vraies gens qui ne s’exprime pas, intimidée, étouffée par une forme d’idéologie dominante, véhiculée par les médias, les intellectuels, les cadres des partis, sous la pression culturelle de la gauche. G.Pompidou, usant de ce que la rhétorique gaulliste pouvait parfois avoir de populiste, appelait la « majorité silencieuse » à s’exprimer dans les urnes lors des législatives de 1968, en contre-point des évènements de mai. La famille Le Pen a beaucoup usé de ce terme « majorité silencieuse », avec sa variante, « le pays réel », directement issue du pétainisme. N.Sarkozy, dans son discours de Saint-Quentin, en 2009, inspiré par Patrick Buisson, évoque « la majorité silencieuse » qu’il oppose à l’élite « bien-pensante ». Parce que c’est assez pratique comme notion : on peut lui faire dire ce qu’on veut à la majorité silencieuse… vu qu’elle ne dit rien!

Mais aujourd’hui, dites-vous, on n'entend qu’elle ?

En tout cas, on n’entend plus que ce qu’elle était censée penser. Les propos étiquetés de bon sens, hors du carcan du politiquement correct. Ces idées colonisent le débat. Elles sont présentées comme des vérités (le titre de l’Express que vous venez d’évoquer, c’est ça). La pensée complexe ou modérée est bannie. L’obsession de nombreux médias de se reconnecter avec ce qu’ils croient que le peuple pense aboutit à la valorisation des messages les plus basiques, les plus péremptoires (le peuple ne peut bien sûr pas penser complexe). Nadine Morano ! «La France, pays de race blanche »… « Je peux le dire puisque c’est dans le dictionnaire », affirme-t-elle. Argument insensé. Que dirait-t-on de «je suis raciste, je peux puisque le mot est dans le dictionnaire! ». N.Morano est invitée partout, justement pour être bête à l’antenne et faire du buzz. Ceux qui lui donnent la parole espèrent qu’elle ressemblera à sa marionnette des guignols. Elle le sait et répond à cette attente. C’est le prix de son existence médiatique donc politique. Parce qu’elle n’est plus élue ! Pour donner la parole à la droite dure des républicains, on pourrait plutôt choisir d’inviter quelqu’un comme Hervé Mariton. Lui aussi est candidat à la primaire. Il est député, maire, il a beaucoup plus de légitimité populaire que Morano qui a perdu toutes ses dernières élections et est pourtant censée être proche du peuple qui n’a pas voté pour elle. Mariton développe sa pensée avec intelligence et nuance, il est cultivé. Il ne fera donc pas le buzz. La complexité disparait du débat public et la majorité (ou du moins la partie de la population) qui est silencieuse aujourd’hui est celle qui ne réagit pas à brûle-pourpoint sur les questions identitaires par exemple. En excluant Morano de la tête de liste du grand Est, N.Sarkozy vire sa propre caricature. Les modérés et les tenants de la pensée complexe de droite (qui représentent encore beaucoup d’électeurs), cette nouvelle majorité silencieuse, se réveille enfin.

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