Il serait utile que tous ceux qui placent des ‘mais’ derrière leur ‘Je suis Charlie’ se remémorent son histoire… On pourrait dire, c’est une boutade mais après tout, qu’il faudrait que cette histoire fasse l’objet d’une heure de cours dans toutes les écoles…

Couverture de Charlie Hebdo suivant l’attentat du 7 janvier 2015. le 2 janvier 2020
Couverture de Charlie Hebdo suivant l’attentat du 7 janvier 2015. le 2 janvier 2020 © AFP / David Himbert / Hans Lucas

Ce journal créé par un immigré, François Cavanna, et le fils d’un garde barrière, le professeur Choron, est le digne continuateur de la tradition anticléricale satirique… d’un journal comme La Calotte qui, au début du XXe siècle, pourfendait le pouvoir catholique. 

C’est une tradition française que de se moquer des religions parce que la France, depuis la Révolution, a bouleversé l’ordre des pouvoirs… dont l’ordre clérical. Le sécularisme, la séparation de l’Etat et de l’église, est une spécificité française… Mais Charlie Hebdo ne défendait pas l’Etat pour autant. Si La Calotte était un journal républicain, Charlie était un journal libertaire et déconneur. 

Il est né après l’interdiction d’Hara-Kiri en 1970 par un décret du ministre de l’Intérieur Marcelin, à cause du titre génialissime, au lendemain du décès de De Gaulle, "Bal tragique à Colombey - un mort". On était après 1968 et l’irrévérence envers un pouvoir corseté (et toutes ses représentations dont l’armée) était la ligne directrice du journal. 

Peu à peu, Charlie est aussi devenu écolo. Il y aura d’ailleurs, beaucoup plus tard des vrais cours d’économie alternative, tournée vers l’écologie de l’oncle Bernard, notre ami Bernard Maris… Mais la permanence de Charlie, c’est le combat rigolard contre tout ce qui entrave la liberté individuelle…   

Les militaires, les curés, les évêques et le pape ont été caricaturés sous toutes les coutures…

Et dans des positions scatologiques et pornographiques pour bien les désacraliser… surtout pour faire rire. 

Ce qui était dénoncé, comme en 1906 avec La Calotte, c’était l’emprise des églises, de leurs clercs sur les consciences. 1968 s’éloignait et dans les textes (pas dans les dessins qui restaient d’inspiration libertaire)… Dans les textes, on retrouvait aussi l’attachement à la république et à la laïcité

Dans les années 1990, une autre religion a commencé à exercer son emprise sur une partie de la population. Elle avait ses extrémistes qui fournissait matière à blasphèmes humoristiques… d’autant qu’il était interdit de dessiner le prophète : une aubaine ! La gauche a commencé à se diviser. C’était la religion des pauvres, des anciens colonisés… Il ne fallait pas s’en prendre à l’islam. 

Mais pour Charlie, ce n’est pas parce que les imams sont les prêtres des opprimés qu’il ne faut pas souligner leur emprise liberticide. Entre temps, il y avait eu l’Iran de Khomeiny,  Salman Rushdi… les Talibans. 

Il faut profiter de cet anniversaire pour rappeler à tous les censeurs, aux nouveaux Saint-Just en quête de pureté, qu’il soient d’extrême droite, islamistes ou d’extrême gauche (on en a entendu un ici, hier, et c’était instructif), cette histoire, les racines révolutionnaires, libertaires, républicaines de Charlie… ne pas comprendre cette ligne drôle, gardienne des libertés, c’est ça mettre un terrible ‘mais’ derrière ‘Je suis Charlie’

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