Les universités d'été du Parti Socialiste, c'était ce week-end - un PS qui se cherche un leader et un projet . Le commentaire à la mode sur les socialistes en ce moment c'est « qu'ils formulent d'abord des idées, ils règleront leur querelles de personnes après ! ». On a peut-être tort ! Et si la guerre des chefs était nécessaire ? Pour qu'une vraie opposition émerge en novembre, il faudrait que pendant ces deux mois avant le congrès de Reims, on assiste à une bonne curée, un franc pugilat, un crêpage de chinions en règle, digne du marché de Brive-la-Gaillarde de Brassens ou des bagarres de poissonniers du village d'Astérix. Une bonne fois pour toutes. Le but est simplement qu'enfin un leader, un parton ou une patrone sorte du lot. Les personnes priment-elles sur les idées ? Pour la vie politique française, où tout gravite autour du président élu au suffrage universel direct, les personnes priment sur les idées. On peut le regretter mais c'est comme ça. Pour ce qui est des idées, les socialistes travaillent. Il y a la fondation Jean Jaurès, les think tank comme Terra Nova, toutes sortes de groupes, de clubs d'experts, d'élus ou de militants qui produisent des semi-remorques de documents. Mais toutes leurs réflexions resteront inaudibles tant qu'elles ne seront pas incarnées par un homme ou une femme qui aura gagné la bataille des chefs. C'est dans cet ordre que ça se passe ! L'idée c'est de pouvoir, dans quelques mois, parler de façon crédible de delanoïsme, de royalisme (ou ségolisme) d'aubryisme... Dit comme ça, c'est très moche, c'est vrai mais c'est parce que on n'est pas habitué... et pour cause ! Mais pour parler de « ségolisme » ou de « delanoïsme », ne faut-il pas une pensée précise, personnelle ? Dans ses mémoires de guerre, le Général de Gaulle définissait le gaullisme comme étant une « certaine idée de la France ». On ne fait pas plus nébuleux ! Le mendésisme, le chabanisme, le rocardisme, recouvraient une vision assez précise de la société. Mendes, Chaban, Rocard n'ont jamais gagné. « On ne sort de l'ambigüité qu'a son détriment », disait le Cardinal de Retz. Ceux qui ont gagné ont toujours intégré cette maxime. Le mitterrandisme : rien de plus flou et évolutif. Ne parlons pas du chiraquisme : une sorte de travaillisme conservateur à la fin des années 70, néo Thatchérien dans les années 80 quasi altermondialiste à la fin. Et le sarkozysme : essayer de le définir sur le plan des idées c'est risquer le tournis. Le financement du RSA, à l'inverse des promesses électorales, nous en fournit un exemple flagrant. En réalité, pour mériter de se voir coller le suffixe « isme » il faut du savoir faire politique et pas forcément être dépositaire d'une pensée profonde. Qu'est-ce que le sarkozysme ? Si on l'aime bien, on dira quelque chose comme : « c'est une énergie au service de la réforme ». Si on ne l'aime pas, on dira « c'est une agitation au service de sa propre communication ». Comment gouvernerait Bertrand Delanoë, Martine Aubry ou Ségolène Royal ? À la façon dont l'un d'eux finira par prendre l'ascendant sur les autres, on commencera à en avoir une petite idée ! En attendant ne les décourageons pas : battez-vous, opposez-vous, vous avez deux mois et nous, à Reims on épongera le sang sur les murs et on comptera les points. De toutes façons, les idées ne seront audibles qu'après le massacre !

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