**Hier, Brice Hortefeux, le ministre de l’intérieur, a réuni des responsables policiers et des associations… Objectif : réfléchir aux moyens de rapprocher la police et les jeunes de quartiers sensibles…Oui parce que le divorce est maintenant invivable pour la population des quartiers et insupportable pour la police. Mais je voulais revenir sur une phrase prononcée par le ministre de l’intérieur. Non pas hier mais le 21 aout, lors d’une première réunion. Je cite "Non, les policiers ne sont pas naturellement provocateurs, non les jeunes ne sont pas naturellement violents". Comble de l’évidence bien sûr mais l’affirmation vise sans doute d’abord à prévenir les jeunes : ils ont une responsabilité dans l’attitude des policiers exaspérés. L’affirmation vise aussi à prévenir les policiers. De leur attitude peut dépendre celle des jeunes. Les politiques usent souvent de ce procédé : La définition de ce qu’un groupe de population est ou n’est pas ! : « Les patrons ne sont pas tous des profiteurs sans vergogne » dira un ministre socialiste soucieux de réconcilier son camp avec les entrepreneurs. Tant pis si, justement il a gagné les élections en suggérant le contraire. « Les chômeurs ne sont pas tous des flemmards » dira le ministre du travail d’un gouvernement de droite pour prévenir une grogne sociale. Qui se souviendra que son camp a gagné en expliquant qu’il y a une France qui se lève tôt et une France assistée. Ces affirmations nous expliquent que la situation est plus complexe qu’il n’y parait, que la réalité post-élection est faite de nuances, loin des couleurs criardes utilisées avant le jour du vote. C’est la différence toute bête entre un préjugé et une évidence, entre la démagogie et la réalité. Ces phrases de Brice Hortefeux ont des allures de portes ouvertes enfoncées à grands coup de bélier ! Non le policier n’est pas forcement un abruti, non le jeune n’est pas obligatoirement une brute, ni l’inverse d’ailleurs. Mais s’il y a ce soudain besoin de nous rappeler cette vérité presque naïve, c’est aussi pour corriger le discours d’avant. Celui de l’ex ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy ? Oui, un ministre qui avait en ligne de mire l’élection présidentielle. Il n’était donc pas dans la nuance du ministre mais dans la posture simplificatrice du candidat. Reprenons l’affirmation de Brice Hortefeux. Si le policier n’est pas –par essence- provocateur et le jeune n’est pas –par essence- violent, et si en même temps, les uns se sentent provoqués et les autres agressés ça veut dire que c’est le contexte qui prime ! Ça veut dire que les policiers en sous-effectif, sous pression d’une hiérarchie qui réclame des résultats chiffrés…que ce policier est à bout ! Ça veut dire aussi que le jeune, désœuvré, dans une cité loin de toutes infrastructures culturelles, ghettoïsé, déscolarisé, discriminé, chômeur en puissance est en proie à la violence. Si c’est le contexte qui prime alors tout discours moralisateur ou tout discours par trop autoritaire est inadapté. Finalement Brice Hortefeux, en énonçant ces banalités n’a fait que souligner le pêché originel de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité. Cette autre phrase prononcée en 2003 par le ministre de l’intérieur d’alors, cette phrase qui annonçait la fin de la police de proximité. Nicolas Sarkozy tançait les responsables policiers toulousains : "Vous n'êtes pas des travailleurs sociaux", avait-t-il lancé à un îlotier qui lui présentait un tournoi de football organisé avec les jeunes du quartier. Ça veut dire : « ne vous occupez pas du contexte ». Tiens ! (alors qu’on se demande aujourd’hui comment rapprocher les jeunes et les policiers) En 2003 des jeunes et des policiers des cités toulousaines jouaient au foot ensemble !**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.