« Sarko m’a tuer » est le livre qui fait la Une depuis hier matin et certains y voient une preuve que la campagne présidentielle sera acharnée et que tous les coups seront permis.

C’est à cette idée qu’il faut tordre le cou. Non pas celle selon laquelle la campagne présidentielle sera nauséabonde, c’est possible. Mais il faut arrêter de tout rapporter à la campagne électorale. Ce n’est pas Martine Aubry ou Jean-Luc Mélenchon qui a demandé à Fabrice Lhomme et Gérard Davet de sortir leur livre aujourd’hui, justement pour saper un peu plus la candidature du Président. Lhomme et Davet sont des journalistes du journal Le Monde . Ils sont aguerris, expérimentés, tout à fait respectés dans la profession. Des livres, des informations compromettantes, embarrassantes pour le pouvoir ou ceux qui y aspirent, il en sort toute l’année et pendant toute la durée du mandat présidentiel. Et à chaque fois, ceux que ces enquêtes journalistiques perturbent, accusent les journalistes d’être instrumentalisés, à la solde de l’opposition ou du gouvernement. « Sarko m’a tuer » n’est pas le premier brûlot sur le Président, ni le dernier. Bref, ce livre n’a rien à voir avec la campagne présidentielle et le laisser penser est assez insultant pour les auteurs. Alors, une fois le livre sorti, et surtout s’il connaît un retentissement dans l’ensemble de la presse, que certaines personnalités politiques s’en servent pour alimenter leur propre campagne électorale, c’est bien naturel.

Et d’ailleurs les socialistes s’engouffrent dans cette histoire.

On ne peut pas leur reprocher de promettre une République plus vertueuse et la fin de ces pratiques d’intimidation de la justice qui pourrissent la vie publique. On leur fera simplement remarquer que l’affaire Guérini à Marseille, là encore n’a rien à voir avec la présidentielle et que ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui l’a initiée. On leur fera remarquer aussi que leurs critiques et leurs promesses seraient plus convaincantes s’ils avaient été plus prompts à reconnaître que la fédération du PS des Bouches-du-Rhône avait un fonctionnement, disons, pour le moins atypique ou s’ils avaient, lors de leur célébration de l’âge d’or du mitterrandisme, émis quelques réserves sur certains aspects de la présidence du grand homme, justement sur la question de la « république irréprochable ». Bien sûr, on sait que le Président demande aux responsables UMP d’en faire des tonnes, lorsqu’ils sont interviewés pour dénoncer la bienveillance des instances du PS envers leur sulfureux camarade de Marseille. C’est de bonne guerre aussi. Mais il ne faut plus laisser dire que tout travail journalistique, surtout quand il s’agit d’une enquête, est forcément téléguidé par le pouvoir ou l’opposition ou calqué sur le calendrier électoral. De toute façon, on est toujours, en France, à la veille d’une élection. Alors je ne suis pas naïf à ce point, comme tous les journalistes politiques, on m’a déjà offert sur un plateau d’horribles informations, d’infâmes rumeurs à rependre. Comme beaucoup, je les ai jetées à la poubelle. Souvent, c’est vrai, il suffit qu’un seul journaliste et qu’un seul organe de presse se prête à une manipulation pour donner du crédit ou de l’écho à un fait qui n’aurait pas dû être rendu public. Des affaires sortent parfois au bon moment et ce n’est pas toujours innocent. Le chapitre du livre consacré à Aurélie Filippetti le montre parfaitement. Mais il ne faut pas retourner l’accusation. Ce livre qui dénonce des manipulations n’en n’est pas une.

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