Ou se trouvaient des socialistes hagards et sonnés, beaucoup plus que divisés. Divisés, ils le sont bien sûr, mais ils n’arrivent même plus à savoir exactement sur quoi. Ils ne sont plus dans le combat classique des deux gauches. Et Manuel Valls (qui aime donc les patrons et les socialistes) n’a pas eu de mal, après quelques sifflets, à s’imposer devant une salle à prendre, tétanisée, en proie à une sorte d’hébétude existentielle. Une refondation théorique est nécessaire parce de les socialiste se demandent en quoi la ligne Hollande-Valls-Macron diffère de ce que pourrait être une ligne Juppé par exemple? Il est urgent pour la gauche de montrer que ce qu’elle fait en ce moment est cohérent avec son histoire et son identité. Alors je suis allé voir ceux qui, au PS, réfléchissent à l’évolution du socialisme démocratique en Europe. Parmi eux Henri Weber, ancien sénateur et député européen, qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la social-démocratie… Pour lui, ce qui se passe maintenant représente le troisième compromis social-démocrate.

Le premier compromis coïncidait avec les Trente Glorieuses. Après la guerre… La social-démocratie reconnaît l’économie de marché. Elle exige en échange que le patronat et l’Etat assurent le plein-emploi, l’augmentation des salaires, la protection contre le chômage, la vieillesse ou la maladie. Ce premier compromis a bien marché. On lui doit –dit Weber- « la douceur de vivre dans nos démocraties avancées », l’Etat providence. Mais le choc pétrolier ébranle l’équilibre de ce compromis.

Et donc il en a fallu un autre !

Oui, le second. Il est destiné à sauver les acquis. C’est l’acceptation des licenciements dans les industries en difficulté, contre un matelas social. En France ce sont les emplois aidé et le traitement social du chômage par exemple. Mais la croissance faiblit. Un troisième type de compromis de la social-démocratie se noue à la fin des années 90 en Allemagne mais pas en France. Par ce troisième compromis les syndicats et le SPD acceptent une dérégulation relative du marché du travail («flexi-sécurité»), la stagnation (un temps) du pouvoir d’achat, une réduction de la protection sociale contre la défense de l’emploi, la limitation des délocalisations, c’est à dire la sauvegarde de la puissance économique nationale. Pour Weber, la force économique actuelle de l’Allemagne est le résultat de ce compromis. Alors que les français, à la même époque avec les 35 heures, étaient encore dans le cadre du deuxième compromis devenus obsolète. Il faut dire qu’avec notre culture de l’affrontement et avec des institutions qui encouragent cette culture, chez nous, le compromis se noue toujours trop tard et sous la pression des évènements. Nous en sommes là : les circonstances imposent le troisième compromis à la France. C’est l’esprit du pacte de responsabilité. Encore aurait-il fallu l’exposer clairement avant la présidentielle, parce que c’est un compromis qui commence par des sacrifices. C’est ce grave défaut démocratique qui représente aujourd’hui un vrai danger politique pour François Hollande.

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