Oui, la majorité ose enfin sortir de son mutisme craintif. On sentait les socialistes, jusqu’ici, tétanisés par le conservatisme ambiant et la trouille. Il aura fallu l’horreur des images du camion en Autriche et que leur soient mises sous le nez les déclarations du minimum de bon sens humanitaire d’Angela Merkel pour que le gouvernement prononce les mots qui conviennent aux dirigeants de la France-pays-des-droits-de-l-homme etc.

Le Premier ministre a opportunément rappelé dimanche ce que la France avait inscrit au bas de la statue de la liberté : "Donnez-moi vos pauvres, vos épuisés,Vos masses blotties qui veulent respirer libres . Les malheureux déchets de vos rivages surpeuplés. Pour eux, je lève ma lampe près de la porte d'or". Autre exemple : une série de 7 tweets d’affilée, comme une salve libératrice d’André Valini, le ministre chargé de la réforme territoriale. On peut y lire ceci : « l’Europe est une terre de liberté dont c’est l’honneur d’accueillir les humbles et les opprimés, les pauvres et les persécutés.»

On est loin du ton du débat sur les quotas de réfugiés au printemps dernier !

Oui, la parole de la France exprimait alors plutôt la rétractation et le repli. Il faut du temps pour faire admettre que les images d’invasions sont trompeuses et que notre identité n’est pas menacée par ces étrangers qui fuient la misère et la guerre. Il faut dire qu’une formidable pression idéologique et intellectuelle conservatrice pèse sur les débats en France. Le dernier snobisme supposé anti-bien-pensance, c’est de se pâmer devant les anticipations plus ou moins talentueuses de Houellebecque ou Zemmour, plus basées sur des névroses personnelles, sur leurs paniques identitaires, que sur une observation rigoureuse des faits et des chiffres.

Et puis il y a la peur politique du FN. Cette peur s’estompe, à gauche, à mesure qu’approche l’heure du combat de 2017. Mais le poids du FN a l’effet inverse sur la droite. Souvenez-vous comment JP Raffarin avait dû en rabattre quand il a simplement (en chrétien, disait-il) proposé que des réfugiés soient accueillis dans des zones rurales en proie à la désertification. Enfin, il y avait cette drôle et coupable confusion qui a étouffé la parole humaniste et rationnelle au gouvernement sur ces sujets.

Ce que le PS a effectué avec la sécurité, certains, notamment à Matignon, pensaient qu’il fallait le réaliser avec les questions migratoires et d’identité. La fermeté, la fin de la culture de l’excuse, fut une mutation de la gauche à l’épreuve du pouvoir, notamment local. La gauche de gouvernement est passée du phantasme à la réalité en matière de sécurité. Mais en matière d’immigration, les chiffres et l’expérience le montrent, la réalité est du côté de l’ouverture et de l’humanisme, et le phantasme du côté du FN et de ses alentours. Hier, une porte-parole de N.Sarkozy proposait de « fermer les frontières et d’arrêter Schengen ». Comme quoi, ce que la gauche a fait sur la sécurité, la droite ne semble pas sur le point de le réaliser sur l’immigration : passer du phantasme à la réalité.

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