Thomas Legrand revient sur la démission d'Emmanuel Macron.

François Hollande, Manuel Valls et les responsables du PS déplorent « l’aventure personnelle » d’Emmanuel Macron.

D’abord, les indécisions de François Hollande, l’ambiguïté originelle de son discours de 2012, le sentiment qu’il donne de préférer la tactique à la vision, ont fait du président le 1erresponsable de la fuite de ses "cerveaux". François Hollande est maintenant l’avion de la chanson de Charlelie Couture, sans ailes, ni droite, ni gauche. Trois (pour l’instant) de ses anciens ministres veulent se présenter à la présidentielle, même contre lui (trois dont deux anciens locataires de Bercy qui représentent deux politiques économiques différentes). Mais néanmoins, oui, En Marche est une aventure personnelle. Et c’est très embarrassant, pour tous ceux qui ont une conception collective de la politique. Vous remarquerez, par exemple, que si l’on connaît ses positions sur les questions économiques, (et s’il n’est, d’ailleurs, pas illégitime qu’elles soient représentées dans le débat de la présidentielle), on ne sait rien de ce qu’Emmanuel Macron pense de l’éducation, la culture, la justice, l’immigration, la sécurité, l’environnement, les affaires du monde. On sait vaguement qu’il n’a pas apprécié l’épisode de la déchéance de la nationalité… qu’il aurait préféré que François Hollande ait l’attitude d’Angela Merkel vis à vis de la vague migratoire… mais pour le reste, rien. Le spectacle du Puy du Fou qu’il a apprécié correspond-il à sa vision de l’histoire ? Vibre-t-il plus pour le sacre de Reims ou pour la fête de la Fédération ? Pour la rose ou le réséda ?

Il a quelques mois pour développer ses idées quand même …

Oui, mais même après avoir multiplié les interviews, publié sans doute un livre, sur les sujets essentiels, on sera toujours sur notre faim, forcément, parce que ce ne seront que les positions d’un homme… Qui représente qui, quoi, quelle tradition politique ? Des positions discutées avec quelles instances, avec quels militants, issues de quelle lignée idéologique, si ce n’est d’une grande consultation Internet ou du porte à porte de l’été 2016 ? Ce sera l’avis d’un homme, aussi brillant et charmant soit-il ! Fragile comme l’avis d’un homme seul de 38 ans, ni de droite, ni de gauche. Pourquoi pas mais alors, cela veut dire que la politique (qui a toujours aussi été affaire d’ego personnel) n’est plus la traduction d’aspiration collective enracinée dans une histoire sociale. Pour changer cette impression très gênante, Emmanuel Macron va devoir, en quelques mois, trouver le moyen de transformer En Marche en réel mouvement politique capable d’affirmer de façon crédible d’où il vient, de qui il est héritier politique, de dessiner un horizon, un but un peu plus dense et global que celui qui consiste à dire : libérons les énergies, laissons les Français faire des affaires, et tout ira mieux. Il faut qu’il trouve, au moins, un « récit », comme dit la vulgate de la communication. Mais il lui sera très difficile de bâtir ce récit à partir de ce qui reste encore de beau en politique… l’aventure collective.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.