A trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, les principaux candidats ont l'intention en ce début de semaine de mettre l'accent sur leur projet. Les "petits" candidats eux, ont toujours un peu de mal à se faire entendre, comme si à l'approche du scrutin, les enjeux se clarifiaient. Il y a quelques jours, un ministre/soutien de Nicolas Sarkozy délivrait cette analyse : "Il n'y en a qu'un qui peut nous piquer des voix, disait-il, Bayrou ? non, c'est fini ! celui qui va nous piquer des voix, c'est celui qui est, contre les radars, contre l'Europe et pour la cigarette. Schivardi ! oui, Gérard Schivardi, le vrai vote protestataire, c'est lui, et ce n'est que lui!" A la décharge de ce ministre exégète, l'analyse était faite sur le ton de la plaisanterie. Mais elle dit quelque chose de ce qui se joue ces jours-ci, une rebipolarisation du débat autour des 2 principaux candidats, les autres devenant de fait, plus périphériques. On entend objectivement pourtant beaucoup plus, ces petits candidats; l'égale visibilité pour tous imposée par le CSA joue en leur faveur. Le meeting de Marie-George Buffet, la visite au salon de la chasse de Frédéric Nihous et le voyage aux Antilles de François Bayrou ont été largement relatés ce week-end. Mais François Bayrou a beau proposer tout à trac la suppression de l'ENA, Philippe de Villiers promettre d'être LA surprise de la campagne, et Marie-George Buffet lancer un appel désespéré au "vote courage", on ne les entend guère. L'émergence dans l'actualité de thèmes de campagne qui font le clivage Droite/Gauche, y est pour beaucoup. C'est vrai de la sécurité, ou de l'insécurité, c'est vrai des politiques en matière de contrôle de l'immigration. Sur ces thématiques, il ne s'agit ni de protester, ni de peser à la marge, il s'agit de proposer un cadre de valeurs et de mesures qui seraient mis en place en cas de victoire. Le débat s'est donc tendu ces derniers jours entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, car il ne reste qu'eux dans ce face à face. A l'exception notable sans doute, de Jean-Marie le Pen. Alors, Ségo/Sarko ou rien d'autre ? Ce n'est pas si simple, mais la nouvelle offre politique du PS et de l'UMP pour cette présidentielle concourt évidemment à ce resserrement. C'est parce que c'est lui dans son camp, qui n'est pas stricto sensu un "sortant" mais un candidat neuf qui peut prôner la rupture, c'est parce que c'est elle dans le sien, qui ne porte pas le bilan des années socialistes, que les autres candidats sont comme repoussés vers l'extérieur. Comme ils ne sont pas les héritiers de leurs prédécesseurs, on les investit de la capacité à changer les choses. Ce renouvellement asphyxie évidemment d'autant les "petits" candidats. Notamment à la gauche de la gauche, où ils n'ont pas su ou voulu re définir leur place, parti d'alternative ou parti de gouvernement. Ils en sont souvent restés à leur seule dimension protestataire. Le premier tour de 2007 pourrait en tout cas changer de nature; les électeurs avaient "éliminé" le 21 avril 2002 en espérant "choisir" au second tour, cette fois, ils pourraient bien être tentés de choisir immédiatement. C'est cela évidemment le vote "utile", mais il va bien au délà du simple réflexe anti Le Pen.

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