Le groupe socialiste de l'Assemblée Nationale a annoncé hier le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement, une procédure qui n'a aucune chance d'aboutir, mais qui témoigne d'un certain regain d'activité des parlementaires socialistes. Ne le dites à personne, mais il y a un endroit en France où la gauche travaille, où elle ne s'étrille ni ne se s'étripe, où elle s'oppose et où elle propose. Et si je vous en citais les principaux protagonistes, vous n'en connaitriez pas 1 sur 3. Pour cause, pas un éléphant dans le groupe, enfin presque. Ce lieu, c'est l'Assemblée Nationale, ce groupe, c'est celui des députés socialistes. Dans l'opposition depuis 2002, ça commence à faire une sacré expérience, ces députés en ont assez de courir après Nicolas Sarkozy, de s'égosiller à dire NON quand tout est déjà bouclé. Ils veulent bien se laisser imposer des lois, oui, ça c'est le jeu démocratique, mais pas se laisser mener par le bout du nez. Et bien voilà, depuis novembre dernier, les victoires aux municipales et cantonales ont donné un coup d'accélérateur à tout ça. Ces élus, sous la houlette de Jean-Marc Ayrault, se réorganisent discrètement pour tenter d'être devant le gouvernement, pas toujours derrière. D'abord, ils jouent plus collectif qu'individuel. Finies les questions au gouvernement choisies en solo, sur tel problème de telle circonscription, histoire de montrer sa bobine sur France 3, l'après-midi. Désormais, on concentre le tir. 5 à 6 questions en séance sur 8 sont consacrées au même thème : le pouvoir d'achat par exemple. La technique dite du "picvert", toujours taper au même endroit, a finalement permis d'imposer ce thème dans le débat public, et a poussé le gouvernement à devoir présenter en urgence, une loi. Réoganisation du travail aussi ; le mardi, la réunion de groupe est consacrée à la riposte gouvernementale. Mais le mercredi, on parle anticipation et prospective, avec experts, acteurs et société civile. La semaine dernière les socialistes ont préparé avec l'économiste Thomas Piketty leur débat sur l'état des finances publiques. Aujourd'hui, ils discutent avec Maryse Dumas de la CGT de la future loi sur la modernisation du contrat de travail, la semaine prochaine avec Laurence Parisot du Medef. Des députés sont également chargés de présenter à leurs pairs des rapports complets sur le logement, les discriminations, l'éducation etc... avec état des lieux, problématiques et propositions. Le but après, c'est de tenter d'illustrer tout ça concrètement, par des sorties sur le terrain, une bonne idée chipée à Sarkozy reconnaissent-ils. Enfin, offensive politique. Le groupe socialiste tente de pousser toujours un cran au dessus. Il réclame un débat sur la situation financière du pays, refusé par le premier ministre. Il finit par le glisser dans sa niche parlementaire. Il exige un débat avec vote sur l'Afghanistan ? C'est Non, puis demi mesure, ok pour un débat mais sans vote concède le gouvernement et bien ce sera la motion de censure. Alors, à côté des chuchotements florentins de la rue de Solferino, où les gens ne se parlent que pour se compter en vue du Congrès, les mots "travail/collectif/socialiste" semblent bien mal assortis et on cherche l'intrus. Et bien non ça existe... ça commence donc à exister à l'Assemblée Nationale et c'est effectivement facilité par le fait que les présidentiables, Royal, Delanoë, Aubry en sont absents. Alors, ce n'est pas "la petite maison dans la prairie" non plus. D'un côté, les méchants et de l'autre, les gentils. Derrière ce gros "think tank parlementaire", un homme en embuscade, un certain François Hollande, bientôt sur le départ de Solférino, mais qui restera député. Le groupe, ses 205 élus, ses experts, tout ça représente, non pas un beau cimetière pour un éléphant en retraite, mais une belle Réserve, une réserve où l'on se confronte concrètement avec la droite et où l'on produit des idées, dans l'état de balkanisation du PS, c'est même un parc protégé !

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