Par Marc Fauvelle.

Faut-il vraiment une nouvelle loi sur la laïcité ?

François Hollande a déjà répondu, ce sera oui, c’était jeudi dernier à la télévision, lorsqu'il a été interrogé sur l’affaire Baby Loup... Cette crèche privée, dont une employée avait été licenciée parce qu’elle refusait d’enlever son voile, et à qui la Cour de cassation vient de donner raison, en jugeant son licenciement illégal.... Bronca générale... On se souvient de la réaction de Manuel Valls, n’hésitant pas à critiquer cette décision dans l’hémicycle, deux heures après qu’elle soit tombée..... Et puis la machine s’est mise en route.... Pétition d’intellectuels, emmenée par Elisabeth Badinter pour réclamer une nouvelle loi, mobilisation générale sur l’air de la laïcité et de la République en danger, et à droite, dépôt d’une proposition de loi, signée du député Eric Ciotti, qui a réussi le petit exploit par les temps qui courent, de réunir les signatures de François Fillon et de Jean-François Copé. Et oui, c’est possible. Il y aurait donc consensus dans la classe politique ? Consensus, ou en tout cas majorité claire dans la classe politique, et chez les Français.... Un sondage BVA indique que plus de 8 Français sur 10 regrettent la décision de la Cour de cassation, et souhaitent une nouvelle loi. Pour l’heure, les opposants se comptent sur les doigts d’une main mais leurs arguments méritent aussi d’être entendus... Ainsi le ministre de la ville François Lamy a fait part des ses réserves. Une nouvelle loi, dit-il risquerait d’aboutir à ce que les femmes voilées ne travaillent plus, ou encore à favoriser les crèches confessionnelles. Le député socialiste Razzy Hammadi, lui, reproche à Hollande de faire du « Sarko » : un fait divers, une loi. A ce titre, le revirement le plus spectaculaire, on le doit sans doute au premier secrétaire du PS, Harlem Désir. En 1989, alors patron de SOS racisme, il s’était opposé très fermement à l’interdiction du voile à l’école, à l’époque, c’était « l’affaire » du collège de Creil.... Il avait parlé d’humiliation pour les jeunes filles. Et bien même lui, aujourd’hui, réclame un nouveau texte. Et pourtant vous nous dites qu’il y a danger… Oui, car on peut être d’accord sur la nécessité d’une loi mais pas du tout sur son champ d’application. Faut-il, comme l’a suggéré François Hollande, l’étendre uniquement aux lieux qui accueillent des enfants, c’est-à-dire les crèches ? (puisque c’est déjà le cas dans les écoles) Dans ce cas-là, quid des cliniques privées, ou des maisons de retraites ? Est-ce qu’on refera une loi dans quelques mois ? Faut-il aller plus loin, en interdisant les signes religieux dans toutes les entreprises privées, ou seulement dans celles qui accueillent du public ? Peut-on par exemple, interdire de porter le voile à une femme qui passe ses journées dans un centre d'appel ? Ce sera l’enjeu de la concertation que va mener Matignon, à qui on souhaite déjà bon courage ! Et puis, pour être honnête, il faut reconnaître que ce débat, n'aurait pas lieu aujourd’hui, si l'employée de baby loup avait porté un turban sikh, ou une robe bouddhiste, on n’en n’aurait sans doute même pas parlé. Ce qu’il y a en filigrane, c’est bien l'angoisse de l’islamisation de la société française, des rayons halal dans les supermarchés. La loi sur la laïcité dit aussi quelque chose de nos propres peurs, du danger de rouvrir le débat dans une société qui vient déjà de se fissurer sur une autre question sociétale, celle du mariage gay.... Remettre l’islam aujourd’hui sur la table, c’est aussi rouvrir la boîte aux fantasmes, on doit pouvoir être un farouche défenseur de la laïcité, et rappeler cela également.

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