Les écologistes ne feront donc pas partie de l’équipe de Manuel Valls…

Et c’est toujours ce même dilemme pour le second parti d’une majorité dans le cadre d’une Vème République qui offre un pouvoir quasi hégémonique au parti du Président. C’est le fait majoritaire renforcé par le mode de scrutin. L’alliance PS/EELV négociée avant l’élection présidentielle par Martine Aubry n’était qu’un contrat de confiance, pas une coalition politique. Les socialistes ont seuls (avec les radicaux de gauche qui ne sont en réalité qu’une tendance externe et artificielle du PS) la majorité à l’Assemblée. Manuel Valls avaient cependant besoin des écologistes pour bien commencer son mandat de Premier ministre. Parce que c’est quand même fâcheux de réduire la surface de sa majorité au lendemain d’une défaite électorale. Fâcheux de ne gouverner qu’avec le parti le plus sanctionné dans les urnes et de se priver de la composante de la majorité que les électeurs n’ont pas boudée, au contraire ! Et puis parce que les socialistes n’ont que deux députés de majorité absolue … et bientôt plus qu’un seul député quand Cécile Duflot reviendra au Parlement, prenant la place de sa suppléante PS. En nommant ministres deux ou trois députés Verts, Manuel Valls se serait assuré, non seulement le soutien du groupe écolo à l’Assemblée, mais aurait renforcé sa majorité absolue de deux ou trois socialistes, suppléants de députés Verts devenus ministres… ça ne se fera pas parce que la direction d’EELV a refusé de participer à un gouvernement Valls. Et c’est une étrange alliance au sein des écologistes qui en a décidé ainsi : les deux ministres sortants et l’aile gauche des Verts contre la majorité des parlementaires écologistes. Alors que (comme nous le révélait hier Pascal Canfin) Manuel Valls leur offrait le poste de numéro deux du gouvernement.

On imagine qu’ils ont les élections européennes en vue (le 25 mai)… n’est-ce pas une démarche un peu politicienne ?

Sans doute un peu mais vous remarquerez que c’est ce que l’on dit des écologistes quand ils ne veulent pas participer à un exécutif. S’ils acceptent, on dit qu’ils bradent leur convictions et qu’ils sont opportunistes… et ils sont toujours à la merci de se faire sortir du gouvernement, sur un couac ou une divergence de fond exprimée trop bruyamment ; dans ce cas-là on dirait : « ils sont irresponsables ». C’est le lot des partis d’appoint dans le cadre d’une majorité de contrat qui n’est pas une coalition. Mais si les deux ministres écologistes de Jean-Marc Ayrault sont favorables à la sortie du gouvernement, c’est aussi qu’ils ont pu côtoyer François Hollande et Manuel Valls de l’intérieur, pendant 22 mois. Ils ressortent de cette expérience avec (comme c’est souvent le cas) un mélange de préoccupations politiciennes d’appareil et de préoccupations politiques plus sincères. Manuel Valls a une fibre écologiste beaucoup moins développée que Jean-Marc Ayrault (et cela malgré le dossier Notre-Dame-des Landes). Même s’il faut attendre le discours de politique générale pour en juger vraiment, le Premier ministre, tout comme le président d’ailleurs (et Arnaud Montebourg, qui pourrait avoir un poste important à Bercy) sont de ceux qui ont une vision minimaliste de ce que devrait être la transition énergétique. Ils sont, par exemple, favorables aux gaz de schiste et favorables à ce que la décrue de la part du nucléaire dans la production d’électricité soit la plus lente possible. Après tout, Manuel Valls peut voir le verre à moitié plein (disons à un quart plein même…)…lui qui veut un gouvernement resserré et cohérent.

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