La reconnaissance du vote blanc : une proposition plébiscitée dans les réunions du Grand débat. Mais est-ce une bonne idée selon Thomas Legrand ?

Vote blanc
Vote blanc © Getty / boonchai wedmakawand

Et c’est sans doute la fausse bonne idée par excellence. 

L’enveloppe vide glissée dans l’urne n’est différenciée du vote nul (bulletins crayonnés ou déchirés) que depuis 2014... Mais c’est symbolique puisque ce vote blanc n’est pas pris en compte dans les exprimés. Son pourcentage n’a pas d’incidence sur le scrutin. Il a été particulièrement élevé en 2017 du fait de la spécificité du 2nd tour (plus de 8,5%). On pourrait penser, de prime abord, en ces temps de crise de la représentation, octroyer aux bulletins blancs des conséquences politiques, fixer un taux de vote blanc au-delà duquel l’élection, par exemple, ne serait pas valable, devenant ainsi une sorte de quorum établi, non pas par le taux d’abstention mais par la proportion de bulletins blancs parmi les exprimés, le blanc deviendrait donc une expression active

Et ce ne serait pas une bonne idée ?

Apparemment si, mais en fait non ! 

Il faut souligner qu’en réalité, une élection ne se fait quasiment jamais à la majorité absolue. Même avec 66,1% des exprimés en 2017, Emmanuel Macron n’a été élu qu’avec 43% des inscrits ; le Brexit n’a fait que 35% et Donald Trump à peine 25% ! 

Si le vote était obligatoire et le vote blanc alors logiquement reconnu, on aurait effectivement peut-être une perception plus juste du niveau de la légitimité populaire de chacun. Seulement, vote blanc exprimé ne veut pas forcément dire explicite. C’est un vote contre ! Mais contre quoi ? Il ne le dit pas… C’est la manifestation d’une grogne civique qui ne dit rien… Il est blanc, neutre, donc inutile. 

Il peut marquer deux sortes d’insatisfaction sans que l’on puisse les distinguer : 

  • On peut décider de voter blanc parce qu’aucun candidat ne trouve grâce à nos yeux ! 

Voilà bien une marque de la tendance individualiste. La France est la démocratie dont les institutions et la culture politique offrent le panel idéologique le plus large. A chaque élection, on a le choix entre au moins deux candidats d’extrême-gauche, autant de gauches, de centristes, de droites et d’extrême-droites, d’écologistes, et autres. Ne pas y trouver son bonheur, c’est attendre un candidat (ou une liste)  qui pense, à tout propos, exactement comme soi-même ! C’est être incapable d’intégrer ses opinions dans une cohérence collective qui, forcément,  demande de penser un peu contre soi-même, pour l’intérêt général. Dans ce cadre-là, le résultat du vote blanc serait revendiqué par tous les partis protestataires qui, avec des arguments contradictoires, donneraient à ce blanc la couleur qui les arrange, la leur. 

  • On peut aussi décider de voter blanc pour protester contre l’élection elle-même, les institutions, la qualité de la démocratie. 

Un vote blanc massif indiquerait au pouvoir que la population souhaite une forte évolution institutionnelle. Mais les partis qui souhaitent une forte évolution constitutionnelle la proposent (surtout disent laquelle) et préfèrent appeler à ce que l’on vote pour eux ! Le vote blanc peut donc n’avoir un début de justification que dans le cadre d’une réforme qui rendrait, comme en Belgique, le vote obligatoire. Idée pour le coup à creuser puisque la période est à l’inventivité institutionnelle, toujours bien fertile en France... 

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