Le ‘monde d’après’ du point de vue d’Emmanuel Macron : la réflexion s’engage… L’après-crise, dit l’Elysée, sera comme une sorte de nouveau départ, de reset politique, économique, social. Mais pour l’instant, aucune structure n’est officiellement mandatée pour y réfléchir.

L’idée que l’exécutif ne soit pas à 100% mobilisé par la crise (il est  question de vies ou de morts) n’est sans doute pas encore audible. 

Pourtant Emmanuel Macron a déjà consacré des réunions de cabinet ‘au monde d’après’.  Des intellectuels, des économistes de sensibilités diverses, sont (de façon informelle) chargés d’imaginer  la chose. Le coût de la crise sera faramineux et les finances publiques  lourdement endettées en raisons des dépenses sociales dites ‘de stabilisation’. Une première sensibilité, autour des ministres de Bercy issus de la droite, penche pour des  mesures chocs de relance de la croissance. 

La nouveauté serait la fin du dogme de l’orthodoxie budgétaire. L’idée d’une relance keynésienne classique, avec retour d’un Etat fort, stratège, un  brin dirigiste, est naturellement partagée par d’anciens socialistes  comme Richard Ferrand, président de l’Assemblée. Celui-ci lit avec intérêt, en ce moment, le livre de David Djaiz, haut fonctionnaire de  gauche qui y prône une certaine forme d’interventionnisme  et de l’idée (démondialisatrice) de la Nation. Face aux classiques se  dressent les écologistes de la macronie comme Elisabeth Bornes, la  ministre en charge du sujet, et l’eurodéputé Pascal Canfin qui pose  cette question : peut-on se contenter de relancer sans  transformer ?   

C’est-à-dire ? 

Voilà  le dilemme : après le confinement, la tentation sera d’aider l’industrie à, tout de suite, refaire ce qu’elle sait faire et ce  pourquoi elle est équipée. L’automobile par exemple : le plus efficace  à court terme pour l’emploi serait d’aider Renault à déstocker et  produire à nouveau, en masse, ses SUV en vogue avant la crise. 

L’idée transformatrice serait –au contraire- de dire à Renault : l’Etat vous  aide si vous mettez le paquet sur les petites cylindrées  et l’électrique. Voilà qui serait raccord avec un nouveau monde moins  vorace. Seulement cette transformation demande du temps et plus d’argent. 

D’immenses investissements d’infrastructures de points  d’alimentation électrique dans tout le pays, par exemple.  Il en va de même pour le bâtiment. On peut favoriser de nouvelles  constructions qui artificialisent les sols. C’est bon pour l’emploi  immédiat et booste tout de suite la croissance. Ou alors se consacrer  enfin à la rénovation thermique de tous les bâtiments.  

C’est plus long, plus complexe. Le choix, comme souvent, sera entre un  court terme efficace mais facteur de reproduction des problèmes et un  moyen terme qui demande plus d’efforts et de patience, mais qui  transformerait la société en répondant, en partie,  aux causes de nos malheurs environnementaux et sanitaires. 

Questions  engageantes pour des décennies et donc qui nécessiteraient une  validation démocratique.  Peut-on attendre la prochaine campagne  présidentielle pour cela ? Où faut-il imaginer une autre procédure  de validation plus proche, avec, par exemple, de vastes conventions  citoyennes à inventer ? Faut-il plus de verticalité ou plus  d’horizontalité ? Le chantier politique qui s’ouvre est immense. Ce n’est  pas céder à l’emphase que d’affirmer qu’une nouvelle ère s’ouvrira avec le déconfinement.   

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