Duel fratricide entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Vous avez vu "L'emmerdeur" ? Le film avec Lino Ventura et Jacques Brel, pas l'un des protagonistes du duel évoqué ! Vous avez vu "La chèvre", "La grande vadrouille" ? Les bons scénarios du cinéma populaire sont basés sur ces duos de personnages sensés être amis mais que tout oppose : caractère, origine, apparence physique... Ils ne se supportent pas mais leurs destins sont liés. Vous voyez la grosse ficelle et le parallèle hasardeux ? Mais ça marche. D'abord, c'est grotesque donc un peu comique ; ensuite, les caractères et le physique, l'opposition est parfaite : Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy... le casting rêvé ! Le grand prétentieux et le petit teigneux ! Le dernier épisode est plein de chausses trappes et de rebondissements et de quiproquos, comme on le dit dans les critiques mal écrites des hebdos de télé. Songez qu'il y a quelques semaines, Dominique de Villepin était redevenu gentil avec Nicolas Sarkozy ; il avait arrêté de dire que sa politique n'était pas gaulliste ; il disait même que le Président s'en était bien tiré face à la crise financière. Ce n'est pas du tout qu'il le pensait, non, il tentait simplement de l'amadouer en espérant qu'en retour, les juges de l'affaire Clearstream seraient plus cléments avec lui. Comment a réagit le Président ? De façon très maline. Il l'a laissé venir, il l'a même reçu à l'Elysée, faisant mine de tomber dans le piège, il a été jusqu'à faire courir le bruit que Dominique de Villepin pourrait revenir au gouvernement en 2009 - à moins que ce soit Villepin lui-même qui ait fait courir le bruit croyant mieux se protéger. Et puis patatras, les juges renvoient Villepin en correctionnelle alors qu'on s'aperçoit que quelques jours avant, Nicolas Sarkozy avait signé un décret prolongeant de 17 jours l'un d'eux dans ses fonctions. Le Président, comme le coq dans "Le renard et le coq" de La Fontaine pouvait goûter ce « double plaisir de tromper le trompeur ». Mais Dominique de Villepin ne s'avoue pas vaincu. Il pourrait par exemple bientôt demander à comparaître devant la Cour de Justice de la République. Une procédure qui politiserait un peu plus l'affaire. Dans les grands combats, il ne faut négliger aucune petite pique. Ainsi, Nicolas Sarkozy a signé un autre décret qui précise que la distinction de Grand Officier de la Légion d'Honneur n'est désormais attribuée qu'aux anciens Premiers Ministre ayant exercé leur fonctions au moins deux ans. Or, Dominique de Villepin n'a fait qu'un an, onze mois et quinze jours ! Hier, Villepin réplique à tout ça dans « Le Parisien » : en affirmant, je cite « je crains que Nicolas Sarkozy ne soit en grande partie aveuglé par la passion, cédant même parfois à la tentation de la victimisation ! ». Jusqu'au début du 20ème siècle, ça se serait réglé à l'épée ou au pistolet un beau matin en forêt de Fontainebleau et devant témoin. Villepin et Sarkozy sont aussi les héritiers d'une longue série de duels fratricides. On peut remonter loin : Ferry/Gambetta, Clemenceau /Jaurès avant qu'ils soient politiquement très opposés, plus près de nous bien sûr Giscard/Chirac, Mitterrand/Rocard et Fabius/Jospin. Ces grands duels fratricides avaient pour points commun d'être des rivalités doublées d'exaspérations ou de haines réciproques. Dans le cas Sarkozy/Villepin, personne ne peut dire qui est le plus manipulateur des deux et il y a une dimension supplémentaire : Chacun est soupçonné de se servir des armes que leur offre l'appareil d'Etat. Ce duel n'est plus que comique et grotesque, il devient surtout véritablement scandaleux, digne de la République bananière dans laquelle nous sommes décidément toujours ! Et puis... la grande différence entre Villepin/Sarkozy et Brel/Ventura c'est qu'au moins, en ce qui concerne les deux derniers, on est content de revoir le film !

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