**Le Monde publie les télégrammes du département d’Etat sur Nicolas Sarkozy qui donnent à réfléchir sur le sentiment des Français vis-à-vis de l’Amérique…Oui et il en ressort, outre quelques banalités sur le caractère impulsif, autoritaire et susceptible du Président, la description d’un homme politique Français atypique parce que pro-américain. Le candidat Sarkozy avait des contacts avec l’ambassade américaine, ce qui est tout à fait normal, on peut s’étonner qu’il ait prévenu les Etats-Unis de son intention de se présenter à la présidentielle, dès 2005. On peut s’étonner qu’il ait critiqué la politique de son pays alors même qu’il était au gouvernement (notamment sur l’Irak) mais le penchant pro-américain de Nicolas Sarkozy décrit dans la correspondance du département d’Etat, sa fascination pour les valeurs, les mythes et la culture américaine ne sont pas des révélations. L’admiration pour George Bush est plus surprenante. Cet ensemble, au premier abord, et par une analyse trop sommaire, pourrait nous inciter à penser que ces révélations n’arrangeront pas l’image du président. La France n’est-elle pas par nature méfiante, réservée, vis-à-vis des Etats-Unis ? N’est elle pas un contre modèle du capitalisme libéral anglo-saxon. Séculaire, centralisé, étatiste, régulateur en économie, plutôt pro-arabe en diplomatie, anti-puritain sur le plan des mœurs, les Français sont censés être des anti-américains et donc, Nicolas Sarkozy est censé être en opposition totale avec ce sentiment. Mais ce n’est pas si simple !Non, en fait il est même tout à fait possible, avec au moins autant d’arguments de faire l’analyse inverse. En réalité, la France adore l’Amérique. La politique française est même depuis toujours l’une des plus fidèlement pro-américaine, avec c’est vrais, des postures, plus que des positions divergentes, notamment sur la scène internationale. Ne parlons même pas de l’histoire, de nos révolutions cousines, de Thomas Jefferson, de la statue de la liberté, les deux débarquements, du plan Marshall, ni même de Johnny Hallyday qui faisait semblant d’être américain à ses débuts pour être aimé des Français. La France est le seul grands pays européen qui n’a jamais été en guerre contre les Etats-Unis. L’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et l’Allemagne ne peuvent pas en dire autant. La politique d’indépendance vis-à-vis de Washington ne date que de 1958, et encore pourrait être largement relativisée. La troisième République aimait l’Amérique et la quatrième République était atlantiste au plus haut degré. Ce sont les relations tumultueuses de De Gaulle avec Roosevelt pendant la guerre, puis la saine obsession d’indépendance de la France du Général qui ont contribué à encrer dans les esprits l’idée que la France et l’Amérique n’étaient pas vraiment amis et que s’afficher méfiant, distant, critique vis-à-vis des Etats-Unis était gage de popularité pour un homme politique Français. Les gaullistes et les communistes, qui ont dominés la politique française au début de la cinquième République capitalisaient sur un certain anti-américanisme mais le centre droit et le socialisme démocratique qui dominent plutôt la cinquième République depuis Valérie Giscard d’Estaing, sont davantage bienveillants avec Washington. La guerre du Golfe en 1990 en est l’illustration. Il aura fallu qu’un président américain obtus et va-t-en-guerre, un président français, un peu gaulliste mais surtout bon connaisseur du monde arabe, s’opposent sur la guerre en Irak pour relancer le mythe de la dissension franco-américaine. La réalité ce n’est pas qu’on aime détester l’Amérique mais c’est qu'on déteste l’aimer.**

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