Après avoir relu Toulon 1 hier, vous avez, bien sûr regardé Toulon 2 !

Et il y a une grande différence entre les deux Toulon…Pour Toulon 2, nous sommes à cinq mois de l’élection présidentielle et ça s’entendait vraiment beaucoup. Pour un discours consacré à la crise et l’Europe, Nicolas Sarkozy a quand même réussi à se faire applaudir par une foule de militants UMP, en incriminant les 35 heures, la retraite à 60 ans, l’accord verts/PS sur le nucléaire. Un discours clairement électoral qui annonce un sommet sur l’emploi en janvier pour qu’à ce moment là, je cite : « on voit qui aura le courage de lever des tabous »… C’était un discours de candidat qui a déjà le souci, comme à la fin de la campagne de 2007, d’embrasser tout le spectre politique. Dès les premières phrases, le Président nous expliquait que la crise était due aux excès du capitalisme financier, à ce système qui ne recherche que le profit à court terme… C’était, disons le flan gauche de son propos. Au milieu du discours, on était dans la bonne droite classique bien clivante. Le public était aux anges, c’est là que, se souvenant sans doute qu’il était à Toulon, Nicolas Sarkozy a pointé les « minorités qui voudraient profiter du système » et puis la dernière partie, quand il s’est agit de convergence et d’intégration européenne, nous étions au centre, chez les modérés. Ce discours donne une bonne indication du style de campagne que veut mener le président : très offensive et sur un spectre politique large.

Mais ce n’était pas qu’un discours électoral !

Non, c’était aussi un discours de crise, présidentiel, dramatique, annonciateur de bouleversements politiques et même institutionnels. Il s’agissait d’expliquer aux Français qu’il faudrait se défaire d’une partie de notre souveraineté. Alors, pour ce faire, les tournures étaient habiles, un peu gonflées et à la limite de l’oxymore ou du non sens. Ainsi le président a dit : « on défend mieux sa souveraineté avec les autres » ou alors « la souveraineté ne s’exerce qu’avec les autres ». C’est un peu comme dire qu’on se désaltère mieux en partageant son eau… Philosophiquement, pourquoi pas mais physiquement, non ! En réalité il n’y aurait pas d’autres façons d’annoncer une telle nouvelle qu’en disant : « on ne peut pas faire autrement ». Parole impossible, bien sûr à prononcer sans que cela ruine le message politique principal du discours qui est « nous sommes maîtres de notre destin »… Le partage de souveraineté, c’est une idée qui sera d’ailleurs certainement plus facteur de division à gauche qu’à droite, puisque le centre y est plutôt favorable et que les gaullistes (qui seraient naturellement contre) sont aussi ceux qui peuvent suivre le chef dans ses revirements. Mais le discours d’hier restait assez vague pour garder son aspect solennel sans trop effrayer. Dans cette idée de convergence avec l’Allemagne, le diable se cache dans les modalités. Nous ne les connaissons pas encore. Peut-être les aurons-nous lundi, lors de la visite de la Chancelière à Paris. Parce que converger avec plus riche et plus fort que soi, ça ne veut pas dire partager leurs richesses et nos déficits ! Converger c’est imiter, se rapprocher ? Que vont-ils imiter des Français ? Que va-t-on imiter des Allemands? Jusqu’où ? Les Allemands, par exemple, n’ont quasiment pas de salaire minimum, les inégalités se creusent plus vite chez que chez nous…assurément le discours d’hier était, pour le président, la partie la plus facile du débat sur la convergence qui ne fait que commencer.

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