Ce matin vous pointez un danger qui guette Nicolas Sarkozy… Le danger de la synthèse à la François Hollande !

Oui, ça peut paraître étonnant mais c’est bien ça… Parce que ce qui a nui à François Hollande, avant la clarification tardive de 2014, c’était – dans l’expression publique - de ne pas réellement trancher entre deux lignes fortement représentées à gauche : d’un côté, l’aspiration à la protection régulatrice (mon ennemi Lafinance), la ligne Montebourg pour faire court, et de l’autre, le social-libéralisme qui entend réformer et faire des économies, la ligne Macron. On sait qu’au fond, François Hollande penche pour la seconde ligne. Il a d’ailleurs fini par la choisir clairement. Mais nos institutions sont ainsi faites : pour être élu président, il est plus facile de rassembler large avec un discours bien troussé, qui manie la chèvre, le choux, la carpe, le lapin qu’avec un discours clair et responsabilisant. François Hollande faisait appel à Aquilino Morel, qui pense comme Montebourg, pour écrire ses discours. Hollande et Morel faisaient preuve de savoir faire pour amalgamer des concepts qui vont très bien ensemble sur le papier mais qui sont inapplicables. C’est un peu comme faire un poulet à la chantilly parce que tout le monde aime le poulet et la chantilly… Et ce qui devait arriver arriva… ce discours théorique ne correspondait évidemment pas du tout aux actes de l’exécutif. Résultat : une formidable impression d’impuissance publique. C’est donc une façon de faire de la politique à ne pas reproduire.

Et, selon vous donc, c’est pourtant ce que fait Nicolas Sarkozy.

Exactement. Ça ne se voit pas au premier abord parce que Nicolas Sarkozy a une parole de fermeté, un volontarisme affiché à toute épreuve… Mais le ressort est exactement le même que celui qui a perdu François Hollande : l’ambigüité. Pendant toute la campagne pour prendre la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy a tenu de grands discours, fait de grandes envolées lyriques. Il a, en fustigeant l’Europe de façon aussi ferme qu’imprécise ("rendez-nous 50% de souveraineté"), fait du « mon ennemi Lafinance ». Tout comme Aquilino Morel repeignait les discours de Hollande aux couleurs de la gauche interventionniste, Henri Guaino retapisse ceux de Sarkozy avec du papier peint souverainiste. Hollande voulait contenir la gauche mélenchonienne en imitant, un peu, ses accents protestataires. Sarkozy veut contenir Marine Le Pen en singeant son euroscepticisme. Prenez tous les domaines : l’économie, le social, l’Europe et bien sûr le mariage pour tous, Nicolas Sarkozy a été volontairement très ambivalent. La fermeté ne garantit pas du tout la clarté… Bien souvent même, les coups de menton ne disent rien et masquent très bien l’ambiguïté. Nicolas Sarkozy fait de la synthèse, mais avec une hache à la main. Ambiguïté molle hollandaise ou ambigüité ferme sarkozienne, le résultat (ou plutôt l’absence de résultat) est le même ! En langage gaullien, la synthèse a d’ailleurs un nom : rassemblement. C’est justement le nom auquel pense Nicolas Sarkozy pour son nouveau mouvement.

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