Donc François Hollande renonce…

Oui, il était dans une impasse politique. Le président risquait tout simplement de perdre, non pas l’élection présidentielle, mais la primaire de son propre camp. Un président en difficulté peut prendre le risque de défendre son bilan devant l’histoire et tenter le coup du sort, même s’il sait qu’il a peu de chance d’être réélu face à l’opposition. Mais, dans le cadre d’une compétition interne (qu'il lui était impossible d’éviter) il aurait été irresponsable de risquer de perdre… D’abord pour la fonction qu’il occupe, pour les derniers mois de sa présidence, mais aussi pour la gauche. La nature des débats de la campagne aurait été pervertie, tournés vers le passé, personnalisés. La gauche en serait sortie plus fracturée. Donc François Hollande a fait preuve de lucidité là où beaucoup de responsables politiques attendaient ce réflexe pavlovien de l’ambition et ne pouvaient imaginer autre chose que ce qui se fait toujours : un président ça se représente. Il va falloir s’y faire, en politique, que les choses ne se passent plus jamais comme d’habitude… Cette décision inédite du président provoque une situation, elle aussi inédite.

Donc la primaire peut commencer…

Oui, alors on va essayer de ne pas retomber dans le piège du duel annoncé, puis démenti d’avoir trop été annoncé mais se profile quand même un affrontement entre Manuel Valls et Arnaud Montebourg. En tout cas, entre deux lignes politiques, et surtout deux visions de l’économie. Ce débat serait utile. Une ligne sociale-démocrate, européenne, réformatrice, et une ligne plus souverainiste, colbertiste et interventionniste. Dans les deux cas, l’idée sera forcément de proposer un but, un discours propre à reconstruire une gauche exsangue, non pas tant du fait de la présidence Hollande et de ses trop nombreux non choix, que de l’état de la gauche de gouvernement dans le monde et en Europe. En réalité, ni Manuel Valls, ni Arnaud Montebourg ne sont très typés sur les sujets économiques. Les concurrents à la primaire socialiste ne pourront pas se contenter –ils sont trop mal placés pour ça- du ressort si efficace en ce moment de l’antisystème. Ils ont compris que reproduire l’éternel débat, jamais vraiment tranché, entre les deux gauches, n’est plus la solution, dans un monde qui change si vite, mais qu’il faut inventer autre chose… un autre discours et d’autres projets, d’autres horizons pour le camp progressiste, capables d’enrayer la défiance populaire envers la gauche. De ce point de vue, Emmanuel Macron et Jean- Luc Mélenchon ont, chacun dans leur genre, un coup d’avance. Il faudrait pour que la primaire de la gauche soit utile, éviter les pièges de la synthèse socialiste, que les lignes soient claires et fortes, et surtout que celle qui arrive en tête à l’issue du premier tour de la primaire ne s’amollisse pas en tentant de rassembler les courants d’un parti qui en réalité n’existe plus. La décision lucide et honnête de François Hollande peut ouvrir une grande période de chaos à gauche ou (soyons positif) une période passionnante de renouvellement.

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