La retraite, thème mobilisateur s’il en est. Pourquoi ?

Photo prise le 6 avril 1995 à Paris de retraités manifestant pour la "défense des retraites".
Photo prise le 6 avril 1995 à Paris de retraités manifestant pour la "défense des retraites". © AFP / Patrick Kovarik

Parce  que nous serons tous retraités un jour et que notre système par répartition, par lequel les actifs cotisent pour les retraités (non pas pour leur propre  compte) est plus qu’un procédé de finance publique, c’est une  philosophie, une part de l’identité politique de la France, République  sociale depuis 1945 (époque où l’espérance de vie était de  69 ans). 

On ne touche donc à la retraite (particularisme français  consensuel) qu’avec une infinie précaution.

 D’ailleurs, nous avons la  chance en France, malgré l’âpreté de nos débats, de ne pas nous poser la  question du modèle (comme aux Etats-Unis) mais de  simplement nous demander comment le conserver. Alors, les pro-réformes  expliqueront que ce qui est proposé permettra de le sauver. Ceux qui s’y  opposent diront que la retraite par points conduira les plus riches à  se prémunir des variations du point en souscrivant  (entaille dans le modèle) des complémentaires par capitalisation. 

L’attachement viscéral à la solidarité, c’est le versant lumineux de la  contestation. Il y a un versant moins glorieux : la défense d’excédents catégoriels du régime de certaines professions  libérales ou de niches anachroniques dans les transports publics. Mais  si les indicateurs de la mobilisation semblent être au vert, c’est que  l’essentiel paraît menacé aux yeux de beaucoup.

Qu’est-ce qui fait que l’essentiel paraît menacé ?

L’état  désastreux de la confiance accordée par une majorité de Français à  Emmanuel Macron,  plus que le fond de la réforme (ce genre de réforme, il vaut mieux la  faire dans la foulée d’une élection où il en aura été question). 

Un  aspect de fond cependant résume les craintes : le calcul par points.  Cette méthode qui, de prime abord pénalisera les  carrières déjà peu rémunérées d’enseignants ou d’infirmières, n’est pas  rassurante parce qu’elle parait déposséder politiques et partenaires sociaux. 

Comment (et par qui) sera fixée la valeur du point ? Et  comment surtout s’établiront les modalités de son  évolution ? On n’en sait rien… normal puisque c’est un sujet à  discussions. Mais l’idée, par exemple, que la variation du point puisse  un jour être indexée (comme c’est le cas dans d’autres pays) à des  indicateurs économiques et sociaux, rend les projections  difficiles, soumises à des aléas hors contrôle. 

Dans un monde de plus  en plus gouverné par la finance, les algorithmes, des mécanismes qui  échappent à la volonté politique, un monde où nos représentants, acteurs de la démocratie, sont progressivement dépossédés  de leurs pouvoirs, un monde dans lequel des éléments extérieurs à notre sphère démocratique agissent sur nos vies, passer à la retraite par  point peut sembler un abandon de souveraineté

La crise de confiance qui  mine nos sociétés vient largement de cette impression confuse mais puissante que les manettes du vrai pouvoir ne  sont plus entre les mains de nos représentants et que ceux-ci, même,  semblent accepter de s’en débarrasser. Quand il s’agit d’un élément  central et identitaire de la République sociale comme la retraite, rien de mieux pour alimenter l’inquiétude.

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