"Femme Debout", le livre d’entretiens entre Ségolène Royal et Françoise Degois, de France Inter, paraît chez Denoël. Ce livre est tout à fait singulier. Ségolène Royal et Françoise Degois ont visiblement décidé de se départir de toutes les conventions du genre. Du coup, ça donne une conversation d’une liberté inédite et un livre passionnant. Alors levons d’abord tout soupçon, je ne dis pas ça parce que Françoise Degois est de France Inter, si j’avais trouvé ce livre sans intérêt particulier, je n’en aurais pas parlé tout simplement ! Françoise Degois est devant son objet comme une entomologiste devant un drôle d’animal. Elle le sonde, lui pose des questions incongrues, d’une pertinence iconoclaste. On est happé par les réponses sans limite de Ségolène Royal. C’est particulièrement frappant quand elle décrit le profond sentiment d’injustice dont elle se sent victime. Le peu de réaction de la presse ou du monde politique, par exemple, après les cambriolages suspects dont elle à été victime « violée et coupable, comme si je l’avais bien cherché » dit-elle. Ségolène Royal se lâche, comme si, de toute façon, tout lui avait été déjà reproché. Elle en oublie, dans le même temps, toutes les Une complaisantes dont elle a bénéficié. Mais le propre des grands paranoïaques (elle a ça de commun avec Nicolas Sarkozy), c’est de faire le tri dans les souvenir. Ségolène Royal tient aussi des propos hors normes sur le monde politique. La violence des portraits de Nicolas Sarkozy, de Martine Aubry ou de Jack Lang n’a d’égal que ce qu’elle pense avoir subi elle-même. Cette violence donne une double impression au lecteur. D’un côté, on se dit : « elle pette les plombs » on ne parle pas des autres comme ça ! Traiter Nicolas Sarkozy de "gamin gâté", sans classe ni grandeur, d’un petit garçon avec son nouveau déguisement de cowboy et son étoile de shérif en plastique ! On se dit : dans une société civilisée on ne s’envoie pas tout ce que l’on pense à la figure sinon ce serait invivable. Puis on se dit, finalement : pourquoi ne le dirait-elle pas ? On reproche sans cesse aux politiques leur langue de bois. Ce genre de discours sur Nicolas Sarkozy on l’entend en off, même de la bouche de certains ministres ! On peut avoir aussi une lecture stratégique de ces propos hors normes : Un pavé dans la marre, c’est le meilleur moyen d’exister. En dépassant les bornes sciemment, elle quitte, d’une certaine façon, le milieu politique traditionnel, elle traverse le miroir et rejoint le reste de la population qui peut très bien tenir de tels propos sur le président, en famille, entre amis, au bistrot. C’est une façon, calculée ou pas, de jeter un pont entre elle et la population (ce serait l’analyse positive) ou c’est le comble du populisme (ce serait l’analyse négative). Mais si Ségolène Royal commence à parler de Nicolas Sarkozy comme le fait Stéphane Guillon, elle peut gagner en popularité et risque de perdre en crédibilité. Avec quelle image de Ségolène Royal ressort-on de ce livre ? Une image très contrastée. Ségolène Royal est une femme, dense, qui a une vie intérieure riche, qui lit le poète Walt Whitman et peut rester une nuit de plus à Charleville-Mézières, seule, pour visiter le musée Rimbaud. Ses mots sur sa détestation de l’injustice ont des accents de vérité. Mais ceux qui sont exaspérés par son côté « persuadée d’avoir un destin » verront leur sentiment renforcé. Ségolène Royal reste certaine d’avoir été meilleure que Nicolas Sarkozy mais barrée par la presse et les puissants hostiles. Elle est étrangement habitée par l’idée d’avoir un lien particulier et personnel avec les 17 millions d’électeurs qui ont voté pour elle et ne semble pas imaginer un instant que la plupart d’entre eux on voté pour elle parce qu’elle était la candidate socialiste. Ce livre est une vraie curiosité.

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