Il semblerait que la stratégie de « dédiabolisation » de Marine Le Pen connaisse quelques petits ratés en ce moment…

On dirait…Quand Marine Le Pen se sent obligée de nous rappeler, comme hier, qu’elle pense que le nazisme est une abomination, c’est qu’il y a un souci, effectivement ! Nous en avions eu un avant-goût la semaine dernière ici même, puis sur le site Rue 89, la candidate de FN comparait le planning familial à un centre d’incitation à l’avortement ! Et puis… et puis, il y a eu ce bal, en Autriche…Jean-Marie et Marine Le Pen, se sont rendus à la fête annuelle d’une association d’étudiants d’extrême-droite, antisémite. En quelques jours, Marine Le Pen, qui avait peu ou prou réussi à « dédiaboliser » son nom (sans toutefois l’angéliser non plus) a brisé une stratégie qui portait ses fruits. Personne ne peut dire si cette série d’outrances lui sera préjudiciable ou pas. Tout au plus, ça permet de confirmer que la « dédiabolisation » était bien un vernis. Un vernis de mauvaise qualité qui ne supporte pas les intempéries de la campagne. La « diabolisation » du Front national est une invention de Jean-Marie Le Pen. Dans les années 80 il dénonçait un procès en sorcellerie que lui auraient fait la presse, les « droits-de-l’hommistes et la bandes des quatre grands partis». Cette diabolisation autoproclamée lui permettait d’apparaître comme le candidat antisystème. Un mot très en vogue en ce moment chez tous les candidats qui ne sont pas en tête dans les sondages. Concept inventé par Pierre Poujade dans les années 50. L’idée étant de représenter le pays réel, la « France qui se tait » face à une élite (le système) déconnectée.

La diabolisation a d’abord été efficace pour le FN.

Oui, en fait ce fut même son carburant. Le moteur c’était la crise et la monté des exaspérations populaires. Plus il était critiqué par « l’establishment » (c'est-à-dire les clercs du système) plus il progressait dans les urnes. Seulement ce carburant avait un effet secondaire. Il renforçait le mur qui séparait le FN du reste de la droite républicaine. L’UDF et le RPR répugnaient à pactiser avec un négationniste. Finalement, la diabolisation permettait au FN d’être fort mais c’était une force inutile puisqu’aucune alliance n’était possible. Une force sans rapports de force ! Marine Le Pen, qui n’a pas les obsessions néo-pétainistes de son père, avait donc décidé qu’il fallait « dé-diaboliser » le FN. Pour cela, il fallait d’abord le républicaniser et le laïciser. Tout simplement parce que c’est l’ADN de la France et que pour espérer gouverner un jour, il faut être (ou se dire) républicain et laïc. C’est une première étape essentielle pour prétendre briser le mur qui sépare son parti de l’UMP. La seconde étape ne peut se réaliser que si la gauche gagne en mai et si l’UMP se délite. Mais ce chemin suppose une maîtrise totale du processus de dédiabolisation. Mais en ce moment nous assistons plutôt à une « re-diabolisation ». Jean-Marie Le Pen en est encore la cause. Il est là, derrière, et il semble prendre un malin plaisir à glisser un coussin péteur sous le séant de sa fille dès qu’elle tente de s’asseoir à la table des partis respectables. (Le bal des nazillons de Vienne où il l’a entraîné en est le dernier exemple). Il ne faut pas oublier que Jean-Marie Le Pen n’aime pas le pouvoir, lui. Son héros mythique n’est pas un homme d’Etat, c’est Cadoudal, ce terroriste royaliste provocateur qui tenta de tuer Napoléon. Il y a fort à parier que tant que Le Pen-père restera en activité, Le Pen-fille restera loin du pouvoir.

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