Ce résultat nous fournit deux sortes d’enseignements. Un enseignement conjoncturel, aléatoire. Et un enseignement fort : l’enracinement du FN, dans un contexte d’abstention.

Les premiers, on les entend depuis hier soir : la fin du cauchemar électoral pour le PS, le retour raté de Sarkozy, l’effet Syriza nul… ces enseignements-là sont aussi évidents que fragiles parce que personne ne peut sérieusement évaluer le degré de « transposabilité » d’une élection isolée sur un petit bout du territoire, avec une forte abstention, au niveau national. En revanche, l’enseignement le plus solide, c’est l’enracinement du vote FN. Dans un contexte de très forte abstention, seuls les candidats du Front National arrivent à garder la plus grande partie de leurs électeurs de 2012. Si l’on additionne l’abstention et le vote pour l’extrême droite, alors nous avons toujours un niveau de colère et de défiance très important. Le PS peut certes souffler, se dire que l’effondrement n’est pas certain, estimer qu’il va peut-être limiter la casse aux départementales de mars, mais si l’on regarde au-delà de la simple arithmétique des formations politiques, le fait majeur, structurant, qui ressort de ce scrutin, reste que les urnes disent toujours la défiance, la colère ou (ce qui n’est pas forcément mieux) l’indifférence.

Et donc, le piège classique se referme sur l’UMP.

Oui, le piège se referme toujours sur les partis politiques quand ils sont indécis…surtout quand ils le sont par tactique. Si l’UMP avait une position claire sur le sujet, elle ne serait pas piégée ce matin. Mais si Nicolas Sarkozy reprend la formule de Jean-François Copé, on pourra dire qu’il aura sauté à pieds joints dans la mâchoire en fer. Le Ni Front républicain, Ni Front National ! Ni jour ni nuit, ni oui, ni non ! Voilà une position aussi absurde que celle d’un automobiliste sur une autoroute qui se sépare en deux et qui ne veut prendre ni l’embranchement de droite, ni l’embranchement de gauche… il se prend la barrière de sécurité au milieu. Même s’il est vrai que les consignes de vote en provenance des états-majors ont un côté caporalisation dépassée, chacun, même à l’UMP, peut au moins, se déterminer personnellement sur la question de savoir non pas s’il faut un député de plus ou de moins pour le PS ou le FN, mais s’il préfère que son pays soit dirigé par le PS ou par le FN ? Le député élu dans le Doubs ne sera pas député du Doubs mais député de la Nation. Il ne s’agit pas d’une élection locale. Si l’UMP dit « dans le Doubs, abstiens-toi », ou ne dit rien de clair, il commettra une faute politique. La politique, c’est bien souvent avoir le choix entre deux mauvaises solutions. Les responsables nationaux de l’UMP sont aujourd’hui devant cette situation sommes toutes classique. Fuir cette question, pratiquer un dos à dos, surtout après le 11 janvier où l’on a vu le FN se démarquer, serait l’un de ces petits manquements, l’une de ces petites tactiques de défausse, qui fabriquent quotidiennement la défiance et l’indifférence que pourtant l’UMP déplore aujourd’hui.

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