Vous avez lu le livre-surprise de Christiane Taubira.

Oui et c’est un drôle d’objet littéraire et politique. Souvent beau, au style foisonnant, parfois broussailleux et abscons. On est entrainé dans une essoreuse à citations, dont la plupart viennent épaissir joliment le propos et d’autres (sans doute choisies pour les allitérations qu’elles produisent) laissent perplexe. On trouve, les indispensables Hugo, Camus, Eluard, notre ciments culturel, mais Christiane Taubira use aussi de ses favoris : Edouard Glissant, Frantz Fanon et Aimé Césaire dont elle avait l’habitude de nous délivrer par petit bout, la pensée, à longueur de twittes nécrologiques plus ou moins ésotériques. Plus incongru, l’utilisation des chanteurs : sont cités dans ce livre Nina Simone, Barbara, Brassens, Brel, Le forestier, Nougaro qui viennent donner au propos politique un aspect familier, intime, profond et léger à la fois, poétique et populaire comme l’est la bonne chanson française…

Bon mais c’est un livre politique d’abord, quel est le message ?

Christiane Taubira s’adresse, en marraine, à la jeunesse, exercice convenu pour un politique qui a dépassé la soixantaine. Elle ne dit rien de précis sur ses intentions personnelles…ou alors c’est noyé dans une épaisse littérature. En tout cas moi je n’ai pas compris ce qu’elle voulait faire de son avenir politique. On comprend juste qu’elle garde beaucoup de respect pour F.Hollande, humain, efficace, homme d’Etat pendant les attentats. Elle dit énormément de mal, en revanche de Manuel Valls, puisqu’elle n’en parle pas ! Mais elle dézingue, avec des arguments, de principes et aussi pragmatiques, la déchéance de nationalité. Hollande s’en tire à bon compte puisqu’il semble ne l’avoir proposé que pour faire un pas vers la droite dans un souci d’unité nationale alors que Valls défend cette idée pour ce qu’elle est : inefficace et corrosive, selon l’auteur. Le passage le plus fort –selon moi- c’est le plaidoyer pour une tentative de compréhension du phénomène terroriste, je cite : « Oui, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au monde. Qu’opposons-nous à cette intelligence méphistophélique? Des phrases courtes! Des mots qui sonnent et résonnent (ré), mais ne raisonnent plus (rai). Enfermer ce monstre dans des définitions lapidaires ne sert qu’à ratifier notre défaite. » Loin de développer une culture de l’excuse, comme l’en accuse trop souvent la droite, Christiane Taubira renvoie dos à dos les « essentialistes » et les «sociologistes ». Elle ne cède pas à l’explication victimaire et ne dilue pas la responsabilité de l’islam, je cite encore : « Si les musulmans n’ont pas à y voir en tant que tels, l’islam a à y voir. Toutes les religions génèrent du fondamentalisme (…) En ce moment, c’est l’islam qui fournit (…) de telles opportunités à la radicalité ». Bref c’est un livre étonnant. Il faut s’accrocher parfois, même si c’est écrit en format OUI-OUI, mais c’est largement plus dense que tous les « ce que je crois » de la plupart des responsables politiques, qu’en tant qu’éditorialiste je suis obligé de lire et -vous êtes prié de m’en remercier- dont je vous épargne, le plus souvent, le compte-rendu.

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