Depuis 2 jours une vidéo, popularisée par le site Brut.fr, stupéfie tous ceux qui s’intéressent à la politique.

On y voit un ministre anglais s’excusant platement, légèrement courbé, l’air contrit face à l’opposition à la chambre des Lords. Il avoue et se reproche une attitude impardonnable : un retard d’une minute alors qu’une question au gouvernement lui était adressée. Le clou de cette séquence,  c’est lorsque, par une sorte de harakiri politique, il annonce sa démission irrévocable et à effet immédiat, avant de quitter la séance, impassible et digne, pour purger sa sentence sacrificielle. Quelque minutes plus tard, on apprend que, bien sûr, le 1er ministre refuse la démission de l’auto-supplicié. La chef de l’opposition se réjouit alors publiquement que Lord Michael Bates reste ministre… La scène se passe à la très compassée chambre des Lords, à côté de laquelle notre Sénat ressemble à une AG d’intermittents en lutte, mais elle aurait aussi bien pu se produire, avec peut-être un peu moins de cérémonie et de componction, à la Chambre des communes, la vraie instance législative d’Angleterre. Cette scène nous intéresse, par comparaison avec la culture parlementaire française. Nos débats y sont souvent des jeux de postures puisque l’ordre du jour des députés est largement dicté par l’exécutif, et que, finalement, à de rares épisodes de fronde près,   tout est fait pour qu’à la fin d’un débat, ce soit le gouvernement qui gagne. Du coup, le parlement français est une caisse de résonance, où l’on cherche plus à exister, qu’une instance où se fabrique véritablement la loi. Il suffit de voir, outre-Manche, avec quelle révérence le 1er ministre répond aux questions des députés et comment les ministres soumis aux interrogations des commissions d’enquête, n’en mènent pas large, pour comprendre nos différences de culture parlementaire. En Angleterre, le législatif tient entre ses mains le sort du gouvernement alors que chez nous,  c’est le président qui peut dissoudre l’assemblée. Tout est là ! 

Mais le ministre anglais qui offrait sa démission savait qu’elle ne serait pas acceptée !

Oui, tout ça était largement surjoué, mais ce qui est révélateur, justement, c’est que l’inévitable part théâtrale de tout débat parlementaire se fait en Angleterre via l’emphase de courtoisie, l’inflation de politesse, le fairplay maximal (et parfois hypocrite) alors qu’en France, le jeu c’est de trouver l’insulte bien sentie, la formule disqualifiante, la pointe mortelle, même quand les positions ne sont pas si éloignées (ce qui est une autre forme d’hypocrisie). On pourrait dire, en faisant une hasardeuse psychanalyse des peuples, que ces attitudes reflètent 2 caractères nationaux.  Nous serions d’horribles gaulois bagarreurs, d’ailleurs il suffit de nous voir au volant ! Les Anglais, eux, seraient de courtois et fins  débatteurs tout en flegme et en autodérision. Mais, au-delà de ces stéréotypes, les façons de faire de la politique sont aussi, (et surtout), dictées par les institutions qui formatent les comportements des élus et des ministres. Les débats, aux Communes et à la Chambre des Lords, peuvent être âpres, cinglants même, mais on s’écoute et surtout, voilà l’essentiel de la culture parlementaire qui nous manque : on ne considère pas, en Angleterre (en Allemagne non plus) qu’un compromis est forcément une trahison !

    

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