Le droit au logement opposable va-t-il devenir une réalité en 2007 ? C'est le voeu que Jacques Chirac a exprimé dimanche soir, mais aussi l'aboutissement d'une très longue mobilisation pour certaines associations. Pour autant, cette promesse intervient dans un contexte particulier : celui de la campagne présidentielle. Et du coup on a envie de poser une question : à quand le droit opposable aux promesses ? Pourquoi les candidats ne s'engageraient-ils pas en effet, à rendre passible de sanction toute promesse faite pendant la campagne qu'il ne tiendrait pas une fois élu ? Ca rendrait forcément plus crédible leur empressement d'aujourd'hui à acquiescer à toutes les bonnes idées qui passent. Il ne s'agit pas ici de dire qu'il est absurde de rendre effectif un droit qui existe, le droit au logement, mais qui de fait reste un droit théorique. D'autres ont ainsi été rendus opposables avec une efficacité certaine : le droit à la scolarité et le droit à la protection sociale. Ce n'est pas non plus l'argument du coût qui est un problème ; les associations réunies en plate forme depuis plusieurs années pour défendre ce droit, rappellent que quand Jules Ferry décréta l'école "gratuite et obligatoire pour tous", il n'y avait pas encore d'école dans tous les villages de France, mais c'est ce qui fit qu'on en construisit. Non, ce qui est plus contestable, c'est le moment choisi pour lancer un tel chantier. Il reste 4 mois d'existence au gouvernement Villepin pour concrétiser un droit, qui aurait pu l'être depuis au moins 4 ans. Il reste 4 mois pour rédiger un projet de loi, le faire adopter en conseil des ministres, puis par le parlement, et au bout du compte pour en signer les décrets d'application. Une course de vitesse qui doit se terminer avant le 22 février, date de la clôture de la session parlementaire. Et puis malgré un long travail de concertation mené par les associations, il reste quelques questions car si le principe est simple, "tout citoyen aura le droit de demander un logement et s'il ne lui est possible d'y avoir accès, il pourra alors se tourner vers un tribunal administratif pour faire valoir son droit". Mais à qui opposer ce droit ? A la commune, l'état ? quelles sanctions prévoir ? Tout cela reste à déterminer. Alors, que les candidats s'engouffrent dans la brèche et s'engagent à mettre en oeuvre ce droit, Bravo. Nicolas Sarkozy paradoxalement a été l'un des premiers à en faire la promesse. A eux de prouver ensuite que la campagne présidentielle est un temps d'accélérateur de projets, et pas simplement un temps de production de promesses. Jacques Chirac lui, en s'emparant du bébé au dernier moment, a prouvé une fois encore qu'il était plus doué que quiconque, sinon pour agir, il avait du temps pour cela, en tout cas pour prendre au bond les débats en cours, et en la matière forcer la main de ses éventuels successeurs. Hier des mal logés ont investi un immeuble vide à 2 pas de la Bourse à Paris, le rebaptisant, Ministère de la crise du logement. Tiens, voilà une autre idée qui pourrait faire son chemin.

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