Avec les vœux du président s’ouvre une campagne 2012… virtuelle.

Nicolas Sarkozy depuis samedi soir est-il dans la peau d’un président ou dans celle d’un candidat ? Lui qui va quadriller la France pour la séquence de vœux jusqu’à fin janvier…

Poser la question, c’est donner la réponse : il est désormais les deux à la fois, et ce faux-débat est tranché depuis longtemps. Le chef de l’Etat est déjà en campagne, il en parle très naturellement devant ses visiteurs, amis, élus UMP ou encore face aux journalistes qu’il reçoit. Ce n’est même plus un secret de Polichinelle. Le fait d’occuper le terrain, avec à chaque fois une hypothétique déclaration sauvage, va lui permettre de concentrer tous les regards sur lui, jusqu’au moment décisif, le plus tard possible, selon lui-même. Nous en parlons donc à sa place, pendant que les autres candidats tentent de mener une vraie campagne. C’est le but recherché. La méthode reste inchangée depuis une bonne décennie. L’histoire dira au moment de l’élection si cette occupation médiatique, au final, aura marché, ou bien aura nourri le rejet des Français.

Et cette situation pose problème ?

Tant que le chef de l’Etat ne s’est pas déclaré officiellement, il n’y a pas de campagne réelle, face-à-face, projet contre projet. Et ça, Nicolas Sarkozy le sait trop bien, c’est la force du président sortant qui souhaite se représenter, et ce n’est pas du tout une première dans la 5ème République : il est, et reste maître du calendrier. Tant qu’il ne s’est pas clairement engagé, ses rivaux ont toutes les peines à accrocher la lumière... François Mitterrand a appliqué la méthode en mars 1988, au détriment de Jacques Chirac, qui lui a fait le coup à Lionel Jospin en 2002. Le tempo présidentiel a fait mordre la poussière au principal adversaire.

C’est cette situation qui fait dire, de façon un peu courte, aux commentateurs que nous sommes, que la campagne de François Hollande patine… comme le titre régulièrement Le Figaro – est-ce un hasard…

En réalité, après le psychodrame avec le Verts sur le nucléaire, sa campagne va plutôt bien sur le terrain. Le candidat du PS est même allé tranquillement en banlieue, à Mantes-la-Jolie, là où d’autres n’y mettent plus les pieds sans déployer une armada policière. Le problème pour François Hollande est que la confrontation, la vraie, tarde à venir.

Il est quand même possible de comparer les candidats…

Cela reste compliqué. Nicolas Sarkozy a justifié ses mauvais sondages en expliquant que les Français le jugeaient en valeur absolue, et non en valeur relative, tant qu’il n’y avait pas d’adversaire déclaré en face. C’est chose faite depuis la primaire PS. Mais c’est maintenant François Hollande qui est en valeur absolue, face à un président que les électeurs ne peuvent pas encore vraiment comparer, puisqu’il n’a encore revêtu les vrais habits du vrai candidat.

Cette situation est confusionnelle. Nous sommes confrontés à une campagne virtuelle, une drôle de guerre, dont Nicolas Sarkozy détient les clefs, en grande partie. La gauche pourrait profiter de ce moment étrange, où chacun s’observe, ne serait-ce qu’en dévoilant son programme. Elle ne le fait pas encore, c’est un peu une guerre de tranchées. Chacun des camps s’observe, attend que l’autre tire le premier.

Mais tout ça, c’est de la technique.

Les électeurs, eux, s’impatientent. Parce que leurs soucis du quotidien sont tout sauf virtuels.

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