Le Président sur la Toile… Après 18 mois de silence numérique, François Hollande a réactivé hier ses comptes personnels sur et sur Facebook.

Et il était temps ! On sait que François Hollande n'est pas un geek, loin de là, et qu'il préfère les bons vieux textos dont il abreuve certains de ses ministres aux mini-messages Twitter, mais, tout de même, le Président était, depuis son élection, une anomalie numérique. Pas le moindre message envoyé depuis le 18 mai 2012 à ses 500 000 abonnés. Là où Barack Obama (ou plutôt ses services de communication, ne nous leurrons pas) « tweete » quotidiennement à ses 40 millions de fidèles.Alors comment expliquer cette frilosité ? L'épisode du tweet vengeur de sa compagne, Valérie Trierweiler, pendant les législatives n'y est peut être pas étranger, mais les raisons sont sans doute plus profondes. La France, ou plutôt ses Présidents, ont toujours eu un problème de mulot. On se souvient de Jacques Chirac, moqué par les Guignols, qui avait dû faire venir auprès de lui une jeune conseillère, une certaine Valérie Pécresse, pour l'initier aux joies du numérique. François Hollande n'en n'est pas là, heureusement, mais sa frilosité dit aussi quelque chose de nos élites, de leur regard un peu dédaigneux au sujet de ce qui se passe sur ces réseaux sociaux. Au mieux, c'est un gadget, un phénomène de mode pour ado connecté, au pire, un grand bazar où chacun affiche ses trophées ou ses coups de gueule, façon « mur des cons ». Et pourtant, et pourtant, l'actualité de ces derniers mois devrait nous faire réfléchir sur la vraie nature de ces réseaux sociaux. Prenez les bonnets rouges, ou encore les pigeons : des mouvements nés sur Internet qui ont complètement squeezé les corps intermédiaires politiques, syndicaux ou patronaux. Idem, dans un autre registre évidemment, dans le cas du bijoutier niçois qui avait abattu son agresseur : tout le monde est tombé des nues en découvrant, bien avant que certains ne tentent de récupérer l'affaire, qu'il avait reçu plus d'un million de soutiens sur Facebook ! Dans ces deux cas, on peut dire que la société numérique a débordé nos élites, y compris médiatiques, et on ne peut plus faire comme si ce monde n'existait pas, comme si c'était une bulle, à l'heure ou un Français sur dix est sur Twitter et un sur deux a sa page Facebook.Cela signifie-t-il qu'il y a aujourd'hui une coupure entre le monde politique et Internet ? Ce serait caricatural, mais il y a un peu de ça. Il y a quelques années encore, Jacques Attali avait popularisé l'idée d'une fracture numérique en France. Mais, à l'époque (en l’occurrence, il y a cinq ans), c'était une fracture horizontale, géographique et générationnelle. Il y avait d'un côté, les jeunes, nés avec un smartphone dans la main, et de l'autre, les seniors restés allergiques à la souris. D'un côté, les urbains et de l'autre la France rurale, tenue à l'écart d'Internet. D'un côté, les plus aisés, qui pouvaient se payer un équipement, de l'autre, les plus pauvres, laissés sur le bord du chemin.En quelques années, la société numérique s'est démocratisée, mais la fracture, désormais, semble verticale : entre des Français ultra-branchés et des élites qui continuent de regarder ce petit monde avec inquiétude, sans comprendre que c'est aussi cela, la France d'aujourd'hui, et que l'on ne reviendra pas en arrière, sauf à rebrancher nos Minitels.Désormais les réseaux sociaux, au même titre que les chaînes d'info en continu, contribuent a l'accélération de la vie politique, au besoin impérieux de transparence, avec parfois ses abus. C'est un pas de plus vers la démocratie d'opinion où chacun, depuis son salon ou dans son lit, veut avoir son mot à dire sur ce qui se fait à Paris. C'est aussi, et enfin, un formidable capteur, en temps réel, des colères, des inquiétudes ou des espoirs d'un peuple. La classe politique aurait tort de s'en priver, et de continuer à considérer cette France qui tweete ou qui like comme un grand méchant loup numérique…

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