Vous revenez sur une phrase prononcée par Emmanuel Macron lors de ses vœux dimanche soir…

Oui, ces mots : « quand vous vous levez chaque matin, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le pays », sont inspirés, bien sûr, du fameux discours inaugural du président Kennedy en 1961. « Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous mais ce que vous vous pouvez faire pour le pays » disait-il exactement. Dans la bouche du président français, ce propos illustre l’idée de ‘l’engagement’… une constante du discours macronien. La phrase du mythique président américain était, à l’époque, à prendre dans le contexte de ce pays. Contexte de grande défiance populaire envers Washington et l’Etat fédéral. Aux Etats-Unis, où chacun pense qu’il serait plus heureux s’il y avait moins d’Etat, Kennedy appelait ses concitoyens à surmonter cette méfiance, à s’engager en politique, dans l’armée, dans les services publics.

La phrase n’a pas tout à fait le même sens pour des oreilles françaises

Non, la phrase de Kennedy, souvent empruntée par nos politiques, est toujours utilisée et comprise à contre-sens. C’est avec la culture politique et le rapport du peuple français à l’Etat qu’Emmanuel Macron utilise la formule. Les Français, eux, au contraire des Américains, aiment ou détestent l’Etat central mais attendent tout de lui ! « N’attendez pas tout de l’Etat, mettez-vous en mouvement dans la société », dit, en substance, Emmanuel Macron. C’est, dans un contexte où l’on sent poindre la reprise, une façon d’entrainer le pays. « Pensez à ce que vous pouvez faire pour le pays » est une formule évidente, un peu bateau et qui peut même paraître creuse. C’est aussi un appel à la responsabilité individuelle dans un pays trop centralisé. Mais, cette phrase prononcée par l’homme qui, justement, remet de la verticalité au pouvoir, risque de résonner de façon assez douloureuse aux oreilles de tous ces Français qui composent le très riche tissu associatif du pays. Associations souvent en souffrance faute de subvention. Mais aussi les travailleurs sociaux dans les quartiers populaires, le personnel hospitalier sous tension, les élus locaux quasi bénévoles, tous ces rouages qui sauvent la cohésion du pays tous les jours et œuvrent avec toujours moins de moyens, doivent ne pas vraiment comprendre le sens de la phrase du président. Et puis, quand le cap politique n’est pas très clair, que signifie «  agir pour son pays » ? Le militant du FN qui se lève le matin pour militer œuvre –de son point de vue- pour son pays, le paysan des Alpes, qui aide les migrants perdus dans la montagne, aussi œuvre pour son pays. Le zadiste de NDDL, qui ne veut pas que la biodiversité soit sacrifiée sur l’autel d’un modèle économique mortifère, comme l’élu local nantais qui veut cet aéroport pour développer l’emploi, pensent tous les deux agir pour la collectivité. Voilà pourquoi la belle phrase kennedyenne n’aura vraiment de sens dans la bouche du président que quand on saura enfin –ça tarde un peu mais 2018 devrait servir à ça- quand on saura vraiment quel est le vrai cap politique du macronisme.    

  

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