Par Hélène Jouan Ségolène Royal a été déboutée en début de semaine de sa plainte en diffamation contre un passage du livre « la femme fatale » des journalistes Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué. L’avocat de l’ex candidate à la présidentielle a fait savoir qu’il ferait appel, mais les attendus du jugement ne laissent pas indifférents les journalistes que nous sommes. Et si nous bouclions une boucle ? Oh, provisoirement bien sûr, mais enfin, une boucle vicieuse qui nous a fait faire des écarts, et finalement fait tourner en rond plus d'une fois cette année. Que faire de la vie privée des hommes ou femmes publics quand on est journaliste? Entre les sms, les divorces, "Carla et moi c'est du sérieux" lâche Nicolas Sarkozy en conférence de presse, les remariages et les confessions personnelles. "J'ai souffert de cette situation de bigamie" ose ségolène royal sur un plateau télé pour parler de sa relation avec François Hollande. Les rumeurs touchent parfois aussi les journalistes : "Et si celle ci ne devait sa magnifique promotion qu'à sa proximité avec le président ?"; allégations que tout le monde propage et croit justes, jusqu'à confondre justement rumeurs et informations...Que traiter, comment le traiter? Juré, promis, chaque jour qui passe, on se dit qu'on ne parlera plus de rien..Et puis ce matin, nous voilà encore à commenter un sondage sur Carla Bruni, première dame de France; les français ne la trouvent pas si mal dans le job, et sont par ailleurs convaincus que son mari s'en sert pour corriger sa propre son image.. Au moins, tout le monde est lucide... Alors que vient faire cette décision de justice dans cette histoire? Et bien elle nous rappelle quelques frontières simples.... Que l'on pourrait résumer ainsi: "Un pêcheur ayant péché ne saurait pécher impunément, et s'expose de fait à un traitement journalistique" Adage un peu chrétien j’en conviens pour une décision de justice toute laique, mais l’idée est bien là. Dans "La femme fatale", Ariane Chemin et Rapahaelle Bacqué racontent comment la campagne présidentielle de Ségolène Royal a été conditionnée, parasitée, désordonnée par la relation orageuse et distendue qu'elle entretient à ce moment là avec François Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste. L'ex candidate a d'abord eu l'intention d'intenter contre ce livre une action pour "atteinte à la vie privée"; elle s'en est finalement tenu à la diffamation, sur une phrase, une seule phrase du livre qui lui fait dire, par son porte parole interposé Julien Dray, "si tu vas chercher jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants"... "Atteinte à l'honneur d'une femme et d'une mère" a plaidé son avocat.Et bien le tribunal de grande instance de paris affirme à l'inverse que Ségolène Royal ne saurait être victime de diffamation dans cette affaire vu « l’étroite imbrication de sa vie publique et de sa vie privée » avec François Hollande - étroite imbrication de son fait à elle. "Etroite imbrication public/privé", c’est écrit en toutes lettres dans l’attendu du jugement. Cela concerne Ségolène Royal mais cela pourrait être appliqué à d'autres... Ce jugement a le mérite de baliser en quelque sorte le droit d’expression des journalistes dès qu’il s’agit de la vie privée d’un personnage public, politique en l’espèce. Il rappelle aussi aux intéressés que les règles du jeu ne sauraient être écrites que par eux seuls. Qu’a-t-on le droit de dire, d’écrire, de rapporter…sans diffâmer ? voilà donc la réponse précise de la Justice, sans préjuger évidemment d'une autre décision qui pourrait intervenir en appel. Doit-on pour autant dire, écrire, rapporter tout ce qui concerne la vie privée des hommes ou femmes publics? bien sûr que non. Rien de ce qui a une influence ou conséquence sur la vie publique ne saurait être tu, mais tout ce qui n'en n'a pas doit rester sanctuarisé. Ni plus, ni moins. Facile à dire, parfois plus difficile à tenir... C'est le problème des boucles je vous l'avais dit, elles tournent en rond, et nous avec..Parions malheureusement qu'on n'en n'a pas fini!

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