Dans l'interview de Nicolas Sarkozy au "Nouvel Observateur", on découvre un nouveau Nicolas Sarkozy. C'est le nouveau, nouveau Nicolas Sarkozy qui nous dit qu'il a changé. Souvenez-vous, au lendemain de son élection, il avait déjà dit : « j’ai changé ». Hé bien dans cette interview accordée à la direction du "Nouvel Observateur" plus qu'au "Nouvel Observateur", le président fait un mea culpa. Alors c'est assez facile d'ironiser sur cette opération Bisounours mais convenons déjà que ce n'est pas courant (surtout dans notre pays) de voir un chef de l'Etat se livrer à un mea culpa sur autant de points. Le propos est d'autant plus remarquable que Nicolas Sarkozy nous avait plutôt habitués à des numéros d'auto-promo en public et (pour ce que l'on en sait) d'autocongratulation emphatique en privé. C’est fini. Du moins pour l'instant. Voilà quelques citations : « il m'arrive de penser que la critique est injuste ou excessive. Mais au fond, je sens bien qu'il y a toujours un élément de justesse ». Sur sa réponse agressive à Laurent Joffrin de "Libération", lors de l'unique conférence de presse du président en France : « je n'aurais plus cette réaction aujourd'hui en raison de l'idée que je me fais de ma fonction ». Plus loin à propos du fameux « casse-toi pauvre con » : « Lorsqu’on est président de la République, on a jamais raison d'être agressif, j'y pense sans cesse ». Il regrette l'image donnée lors de la soirée du Fouquet's, promet d’écouter plus pour réformer. Un exemple significatif : il assure évoluer sur la question de l'indépendance du parquet, à propos de la réforme de l’instruction, réforme très controversée. Bref, on ne le reconnaît plus, on nous l'a changé ! Est-ce une conversion sincère ? En politique, il ne faut jamais exclure d'emblée la sincérité, même si elle n'a pas beaucoup d'importance puisque ce sont les actes qui comptent. Mais n'excluons pas d'un revers de la main cynique un murissement, une prise de conscience et même une influence salutaire de son épouse. Il y a aussi (et ce n'est pas forcément antinomique) une stratégie. L’interview est donnée au "Nouvel Observateur", le journal de la gauche intellectuelle et influente. Nicolas Sarkozy, contrairement à beaucoup d'observateurs hâtifs des élections européennes, Nicolas Sarkozy sait lire des résultats électoraux. Il a bien vu que la gauche est largement majoritaire quoique divisée et impuissante. Il a bien remarqué que le gros de l'armée des abstentionnistes est composé de jeunes et de classes populaires. Une réserve naturelle pour la gauche. Il a bien lu et décortiqué les centaines de pages d'études d'opinions qualitatives qui démontrent que les Français réclament une attitude et un discours plus présidentiel de sa part. Il sait pertinemment que pour mener à bien quelques réformes auxquelles il tient, il faut aussi calmer une certaine gauche modérée très représentée dans les milieux influents et les relais d'opinions. Il connait aussi son histoire politique récente. On se fait élire à l'Elysée en s'appuyant d'abord sur le noyau dur de son électorat. On se fait réélire en rassemblant plus au centre. Le maître-stratège François Mitterrand l'a démontré par la campagne magistrale de 1988 sur le thème apaisant de « la France unie ». Cette opération, dont personne ne peut évaluer la part de sincérité et la part de calcul, est la marque d’un homme politique avisé (d’ailleurs en politique le calcul peut être sincère et la sincérité calculée - il ne faut mieux pas se risquer à tenter de faire le tri sous peine de faire de la psychologie de bazar). Le seul risque c'est que le naturel revienne sporadiquement au galop, comme lorsqu’il a répondu de façon particulièrement agressive, la semaine dernière à Bruxelles à une question sur l’affaire de l’attentat de Karachi. Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy (mais cette interview nous montre que maintenant il le sait) c'est lui même.

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