Bernard Tapie hier soir sur France 2… toujours aussi combatif !

Oui, tant de bagou, tant de culot, à ce niveau, par pelletées, après quatre jours de garde à vue, ça force l’admiration. Tapie baratine magistralement mais dans un pays ou l’on préfère les roublards grandes gueules aux honnêtes puritains, on le trouvera toujours plus attrayant que son opposant le plus farouche, Charles de Courson. Seulement là, Tapie insulte la terre entière, parle de complot et ment comme un arracheur de dents, au moins sur les raisons de ses multiples visites à l’Elysée, il affirme qu’à l’Elysée il n’a jamais parlé à Nicolas Sarkozy de l’arbitrage ! Ce n’est pas « mon éducation » dit-il… Une anecdote toute fraîche en dit long sur la réalité de l’éducation de Bernard Tapie… en avril dernier sa fille, chanteuse, concourait dans l’émission The Voice , sur TF1… Bernard Tapie n’a pas hésité à téléphoner à des journalistes vedettes susceptibles d’avoir une bonne connaissance des rouages de la télé, en quête d’une combine: « dis donc t’aurais pas un plan pour faire gagner ma fille ? » a-t-il demandé à un confrère ! Celui-ci est encore estomaqué par le culot de ce vieux gamin et le naturel avec lequel il demande, encore une fois, de pouvoir tricher… Bernard Tapie pense que, dans la vie, tout peut être obtenu par séduction, menace ou argent, ou les trois à la fois. Tout s’achète, tout se truque, tout se négocie. Les journalistes qui ont eu à couvrir, sur la longueur (et ce fut mon cas dans une vie antérieure) les activités économiques, sportives ou politiques de Bernard Tapie ont une foule d’anecdotes comme celle de The Voice qui dessinent le personnage.

Mais le plus étonnant c’est sa capacité à fasciner les politiques.

Oui, il aura séduit deux présidents : François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. François Mitterrand, au discours subtil et littéraire, aimait la gouaille d’un Tapie qui sentait bon la transgression. Tapie est arrivé dans la vie politique par Mitterrand, après le tournant de la rigueur. Une période où il fallait réconcilier la gauche avec le monde de l’entreprise. Tapie représentait l’énergie, la réussite et son style tranchait avec la morgue de classe dont faisait preuve l’aristocratie du capitalisme d’Etat et les capitaines d’industrie, sortis des grandes écoles et des quartiers chics. Mitterrand pensait que ce flibustier donnait une image acceptable et enthousiasmante de la réussite. Mais Tapie n’a rien créé. Son talent, très grand, était celui de renégocier les dettes en période de crise ! Finalement Mitterrand, s’en est surtout servi pour briser son vieux concurrent Michel Rocard lors des européennes de 1994. La fascination de Sarkozy pour Tapie est tout autre. D’abord Tapie a su faire fortune donc il est admirable… Comme lui, il prétend parler peuple, comme lui il se vit en rebelle. Comme lui, il est sûr de sa force de conviction et pense que toute situation est retournable par son seul bagou. Ces deux présidents avaient leurs mauvaises raisons pour cheminer avec Tapie. Tapie est un tricheur. Que Mitterrand et Sarkozy (qui le savaient bien) s’en soient à ce point moqué, donne de puissants arguments à ceux qui pensent que la politique n’est que triches et faux semblants. Et même en aimant beaucoup la politique… devant cette invraisemblable affaire, il est très difficile de démentir cette impression.

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