Oui, tous les commentateurs, tous les politiques, ceux dont le métier est de donner leur avis… pensent toujours s’attaquer au « politiquement correct ». Sous ce vocable dévalorisant, on désignait jusqu’ici une pensée hégémonique : en vrac, la lutte contre le sexisme, la préoccupation écologique ou des idées aussi irresponsables qu’obligatoires, celles qui consistent à dire que la France peut accueillir sa part de migrants ; JP.Raffarin, en digne représentant du centre chrétien et humaniste, est apparu, hier, à ce micro, en archétype du politiquement correct immigrationiste tel que les conservateurs le fustigent depuis des années. L’idée est donc que cet humanisme, qui s’est imposé progressivement depuis la guerre, est devenu un diktat, une tyrannie intellectuelle, qu’une certaine « police de la pensée progressiste», une « cléricature droit-de-l’hommiste » ferait respecter à coup d’interdits. Oui, parce que le fait de prendre les droits de l’homme, l’égalité et la liberté, la fraternité comme cap, est, dans la bouche des courageux pourfendeurs du « politiquement correct », le signe d’un alignement moutonnier derrières des fadaises qui seraient la cause de la faillite de notre système scolaire, de la perte de compétitivité de notre économie, de la montée des incivilités, voire de nos piètres résultats en foot… Le politiquement correct était donc jusqu’ici une forme de « terrorisme intellectuel » progressiste qui imposait son hégémonisme.

« Était »… parce que la pensée conservatrice a le vent en poupe en ce moment !

Oui, c’est ça le paradoxe…la pensée conservatrice hurle à la Une de tous les hebdos et dans tous les talk-shows qu’elle est bâillonnée ! On lui interdirait des mots, des termes, on lui imposerait une « doxa », un vocabulaire aseptisé. Mais, en réalité, en quelques années, tout s’est retourné et le « politiquement correct » est devenu celui de ses pourfendeurs. Les hebdos en particulier se sont fait une spécialité dans la dénonciation du politiquement correct. Ce faisant, ils l’inversent ! Ils sont devenus quasiment unanimes à se croire seuls contre tous. Ce sont les idées étiquetées « progressistes » qui provoquent désormais une réprobation générale et moqueuse. Il suffit de voir la réaction massive aux propos de JP.Raffarin, mais aussi, dans un autre ordre, de ceux de Christiane Taubira, la semaine dernière, sur la réforme de la justice des mineurs. Le politiquement correct conservateur a aussi son vocabulaire. Il a, par exemple, transformé la justice des « enfants » en justice des « mineurs ». On condamne plus facilement un mineur qu’un enfant. Simplement envisager de mettre l’accent sur la prévention, la bienveillance (autres mots interdits) et vous passez pour un doux rêveur. De même, osez expliquer que le but ultime de l’existence n’est pas forcément de travailler plus, gagner plus, consommer plus… bref, envisager le partage du travail, c’est vraiment se mettre au ban de ce nouveau politiquement correct… qui est donc désormais conservateur !

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