Pour les élections européennes, le Modem est actuellement placé en troisième position. On évoque un score entre 12 et 14%. Et si c’est le cas, ce sera intéressant, au lendemain du scrutin, de regarder de près les enquêtes de motivations des électeurs du Modem. François Bayrou se situe au confluant des désillusions de droite et de gauche. Les déçus modérés du sarkozysme d’un côté, et ceux qui ne goûtent pas un positionnement déporté sur la gauche du PS. L’inconvénient, pour le centre, c’est qu’il est toujours tributaire des autres. Du coup, il est toujours suspecté par tout le monde. L’UMP le déclare premier opposant et la gauche le trouve toujours trop à droite ! Ce qui est pratique en politique, c’est que les inconvénients peuvent, selon les circonstances, se transformer en avantages. Etre critiqué par tous, vous confère des attraits soudains quand ceux qui vous critiquent ne sont pas en forme. Le centre, pour ces dirigeants, est une machine en perpétuel réglage. Un bidule qui penche un peu d’un côté, puis de l’autre. Il faut être devant ce bidule en permanence, libérant un peu de vapeur ici, le lestant d’une pincée de sable là. Ainsi, souvenez-vous, avant la crise, pendant l’élection présidentielle, François Bayrou disait qu’il penchait à gauche pour tout ce qui était libertés publiques, sur les questions de société et vers la droite pour les réformes économiques et la rigueur budgétaire. Aujourd’hui, la crise est passée par là et François Bayrou dit qu’il penche à gauche pour la défense des services publics et l’intervention de l’Etat (donc l’économie) et vers les libéraux pour une société de liberté et de responsabilité individuelle. Sans que ça ne se remarque, il a donc inversé les facteurs entre droite et gauche tout en restant debout. On est à la limite de l’entourloupe intellectuelle à moins que ce ne soit une sincérité giratoire ! C’est assez osé, ça ressemble un peu, comme figure, aux entrechats des éléphants dans Fantasia mais visiblement ça marche ! Et pourquoi ça marche ? Plusieurs raisons. La première a trait à ce nouveau concept développé par les analystes politiques. Celui du vote dit "stratégique". C'est-à-dire que peu importe, finalement, le détail du discours de François Bayrou, son positionnement arrange bien des électeurs. Il apparaît comme le plus apte à battre Nicolas Sarkozy en 2012. Comme toute la vie politique se polarise autour de l’action, des discours et des initiatives de Nicolas Sarkozy, celui qui incarnera le mieux le contre-président occupe une position avantageuse. D’où ce livre uniquement dédié à la critique du président publié en début de campagne européenne par le leader centriste. L’autre raison de sa réussite actuelle est d’ordre géométrique et symbolique. Je m’explique : en géométrie, le centre est un point. François Bayrou, en revendiquant le centre cherche le point central comme un point d’équilibre. Il est comme ces deux géographes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain juste après la révolution. Ils ont passé des années en savants calculs, tirant des droites depuis les frontières et les cotes pour déterminer le point, le cœur de la France. Au bout de 7 ans, ils ont planté un piquet figurant le vrai centre de la France à quelques dizaines de kilomètres de Bourges, dans un pré à Bruère-Allichamps. Ce point virtuel et symbolique fut vite dépassé quand la France a récupéré Nice et La Savoie en 1860 ! Comme quoi chercher le centre est un exercice à la fois très précis, un peu absurde, et sans fin ! Après avoir été centriste parce que de droite sur certains sujets et de gauche sur d’autres, puis inversement, voilà que François Bayrou se définit centriste parce que hyper Républicain. C’est son nouveau piquet à lui. François Bayrou se définit comme le représentant du retour des valeurs républicaines c'est-à-dire du point nodal, du cœur, donc du centre de notre consensus français. C’est assez malin parce qu’à priori, ce piquet là est bien planté au milieu de notre terre symbolique nationale.

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