Les éoliennes présentent un enjeu politique, puisqu’il s’agit d’une manifestation concrète de la transition que tout le monde, maintenant, appelle de ses vœux. Une transition qui s’imprime dans nos paysages et qui a été entamée, avant même que les instruments de régulation de leur implantation soient établis.

Les éoliennes : une nécessaire réglementation
Les éoliennes : une nécessaire réglementation © Getty / Charday Penn

Les enjeux d'une implantation encore anarchique

L’urgence écologique et l’intérêt commercial d’investisseurs pressés, pour une fois, se sont alliés. Mais si l’implantation reste trop lente pour atteindre nos objectifs de 40 % de renouvelable en 2030, elle est trop rapide pour une population ni préparée ni consultée et qui a le sentiment de se faire imposer ce mouvement. 

L’implantation est encore anarchique et, en réaction, une alliance objective se noue entre les anti-éoliens idéologiques, qui considèrent que c’est une lubie de bobos qui défigure les paysages, aidée par des multinationales profiteuses, et ceux qui n’ont rien contre cette source d’énergie propre mais qui ne veulent pas la voir n’importe où, et surtout pas devant chez eux ! 

En ce moment, les entreprises, qui implantent, prennent contact, partout, directement avec des maires ruraux, leur promettent des revenus pour leur commune. Les élus, souvent, se laissent convaincre, n’en informent pas toujours la population, ni même parfois leur conseil municipal assez tôt. Ça produit des recours judiciaires en pagaille. 

D’objets écologiques majestueux, rassurants, élégants, sources d’énergie douce, de puissance tranquille, l’éolien est en passe de devenir une armée d’invasion de monstres géants, agents du grand capital qui brasse l’air et découpe les chauves-souris dans un chuintement incessant. Stéphane Berne, monsieur patrimoine, est l’archétype de l’anti-éolien produit par le développement dérégulé. Il affirme hâtivement, ou spécieusement, que l’éolien n’est pas écologique. 

Le débat charrie aussi tout un tas de fake news !  

Oui, entre autre, sur la durée de vie d’une éolienne, ses piètres performances, le caractère non renouvelable de ses grands tubes. Beaucoup de bêtises circulent qui nourrissent un agacement antimoderne, imagine une menace sur notre identité (nos paysages) voulue par des décideurs apatrides, invisibles, à la fois capitalistes et écologistes. 

Tous les fantasmes, dont se repait le conservatisme à la mode, sont réunis, offerts au RN qui y trouve une occasion de s’implanter en milieu rural. Voilà bien une preuve que les extrêmes prospèrent mieux dans les univers dérégulés ! Mais l’Etat va enfin cadrer l’implantation des éoliennes ! Il était temps ! Barbara Pompili vient de produire une circulaire dont on se demande pourquoi elle n’arrive que maintenant. 

Tous les préfets devront réunir les maires, les acteurs locaux, pour établir une cartographie précise des lieux dans lesquels on pourra implanter ces grands mats à hélice, selon des procédures transparentes et des zones où ce sera interdit. Certains préfets, devant l’afflux des mécontentements locaux, ont déjà établi des cartes informelles et acceptables par presque toute leur population. Sans risquer de voir Stéphane Berne prendre le maquis… on peut y arriver ! 

L’éolien reste populaire. Il y a la place en France, l’un des pays le moins densément peuplé d’Europe, et, pourtant, toujours l’un des moins éoliens !   

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