Vous étiez correspondant à New York au moment du 11 septembre 2001. C’est évidemment ce jour-là que les Américains ont découvert Oussama Ben Laden...Oui, le 11 septembre au matin, le grand public américain ne connaissait pas le nom d’Oussama Ben Laden et très vite, quelques minutes après l’impact du deuxième avion dans la tour du World Trade center, c'est-à-dire au moment précis où l’on comprenait que l’on n’assistait pas à un incroyable accident mais bien à une attaque terroriste, les gens dans la rue, qui écoutaient en direct les radios des taxis arrêtés sur la chaussé toutes portes ouvertes, les badauds New-yorkais stupéfaits, les yeux rivés vers le sud de Manhattan et ses deux tours en feux, demandaient et répétaient « mais, qui a fait ça » ? Et très vite un nom, Ben Laden, un mot étrange "Al Qaeda", étaient évoqués par les journalistes à la télévision et sur les radios. C'est-à-dire que bien des Américains et la plupart des New-Yorkais qui vivaient l’événement en direct et sur place -événement commenté par les médias- savaient (depuis quelques minutes), au moment où les tours se sont effondrées que le responsable de cette tragédie était un homme qui s’appelait Oussama Ben Laden. Dès lors, Oussama Ben Laden est devenu l’incarnation du mal, la figure de Satan. Et dès le sur-lendemain, dès le 13, sortaient des ateliers des magasins tenus par des Chinois de Lower-East Side, des t-shirts avec la tête barbue, sombre et enturbannée de Ben Laden au centre d’une cible rouge surmontée du fameux mot des chasseurs de prime, « Wanted ». Trois jours après, les policiers et les pompiers avaient ce t-shirt sous leur uniforme et tout le monde était persuadé que les forces spéciales américaines allaient, tel Rambo, rapidement capturer le chef d’Al Qaeda qui ressemblait à un ayatollah. George Bush promettait d’ailleurs de le ramener « mort ou vif »… sa tête était mise à prix. Sur les chaines de télé tout-infos et particulièrement sur Fox News, très nationaliste et très va-t-en-guerre, le visage du leader terroriste devenait un petit logo effrayant qui ne quittait jamais l’écran pendant les débats sur l’attentat. Puis au fil des mois et des années, le méchant était devenu insaisissable, on le disait malade, il avait fuit l’Afghanistan, Kandahar, à la barbe de l’armée la plus puissante de la planète. En 2003, alors que l’administration Bush préparait l’opinion à l’invasion de l’Irak, Ben Laden était presque passé au second plan. Le méchant s’était volatilisé, on s’en était trouvé un autre : Saddam Hussein. C’est le visage du président irakien qui incarnait désormais l’axe du mal sur les écrans de Fox News. Mais si l’on revient à l’Amérique de l’immédiat après 11 septembre, la figure d’Oussama Ben Laden était généralement présentée comme le chef tout puissant d’une structure paramilitaire, tentaculaire et pyramidale, organisée et formidablement efficace. On s’est évidemment aperçu au fil du temps, qu’Al Qaeda était en fait une nébuleuse, évolutive, décentralisée qui se régénérait toute seule par des groupes autonomes et auto-étiquetés "Al Qaeda". Du coup, la mort de Ben Laden est certes une victoire contre le terrorisme mais ce n’est pas la décapitation d’un mouvement qui se retrouverait sans direction. C’est surtout un acte un peu réparateur pour bien des New-Yorkais qui, le 11 septembre 2001, répétaient en boucle, hébétés : « mais, qui a fait ça » ?

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