Les deux finalistes de la présidentielle disent avoir une idée du Premier ministre qu’ils pourraient nommer… Mais aucun des deux ne souhaite le dire publiquement. Pourquoi ?

Il y a des raisons d’ordre politique et d'ordre stratégique et des raisons institutionnelles… On peut remarquer quand même qu’en cette fin de campagne, au vu des résultats du premier tour et à mesure que l’on s'approche du second, François Hollande et Nicolas Sarkozy dressent chacun un portrait robot de leur futur Premier ministre, de plus en plus précis. Les deux ont déjà dit que ce ne sera pas François Bayrou. Nicolas Sarkozy parle d’un homme de grande expérience… De l’expérience pour Matignon, on pense tout de suite à Alain Juppé qui est la personnalité la plus respectée, en ce moment dans la majorité… François Hollande parle d’un homme ou d’une femme, socialiste, qui maîtrise bien la machine parlementaire. Le nom le plus cité est celui de Jean-Marc Ayrault. Si Jean-Luc Mélenchon avait fait un meilleur score c’est Martine Aubry qui aurait été pronostiquée. Si les portraits-robots que dressent les candidats nous renseignent, ils sont peut être aussi destinés à nous conduire vers de fausses pistes afin d’accentuer un effet de surprise, au lendemain de l’élection, pour recréer une dynamique en vue des législatives de juin prochain… donc inutile de se perdre en conjecture… C’est vrai que du point de vue de certains électeurs, il peut y avoir une certaine frustration à ne pas savoir qui sera le Premier ministre. Si lundi, Claude Guéant est nommé à Matignon afin de tenter d’endiguer la vague FN aux législatives qui viennent, certains électeurs centristes qui auraient voté Sarkozy penseront sans doute qu’ils auraient aimé le savoir avant ! A gauche aussi, l’idée d’un gouvernement Aubry ou d'un gouvernement Valls ne fera pas tout à fait le même effet à un électeur de Jean-Luc Mélenchon !

Y a-t-il des raisons institutionnelles qui interdisent aux candidats de donner le nom de leur futur Premier ministre ?

Il n’y a pas d’interdit formel ; d’ailleurs en 1969 Gaston Defferre s’était présenté à la présidentielle avec, comme premier ministre promis, Pierre Mendès France. Il s’agissait donc d’un ticket de deux candidats sur le modèle américain. Aux Etats-Unis il y a un président et un vice-président et l’on vote pour un duo. Le ticket Defferre/Mendès atteindra un lamentable 5%. En réalité le ticket n’est pas adapté à l’esprit de la Cinquième parce que l’on vote pour une personnalité qui tirera son pouvoir de la légitimité populaire. Il n’est responsable que devant le peuple, aucune assemblée ne peut le renverser. Le Premier ministre, qui selon la constitution, est le chef de la majorité, est responsable devant le Parlement. Il doit obtenir la confiance des députés et peut être renversé par une motion de censure. Il serait étrange qu’un premier ministre que les Français auraient eu l’impression de choisir via un ticket soit renversé par le Parlement. Il y aurait une sorte de conflit de légitimité. Le président qui peut changer, à sa guise, de premier ministre se sentirait également lié à un chef de gouvernement dont il aurait donné le nom avant l’élection. Il serait difficile de déterminer ce que le président doit, dans son élection, à la présence à ses côtés de son futur premier ministre. Voilà pourquoi les candidats à la présidentielle ne sont pas portés à donner le nom de leur premier ministre avant d’être élu. Et puis enfin et surtout, ils veulent que ce soit bien clair, cette élection, ils l’ont gagnée tout seul.

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