Par Marc Fauvelle.

Après la part d’ombre de Jérôme Cahuzac, voici les zones d’ombre de Claude Guéant !

Le premier a avoué, le second nie en bloc, mais les deux hommes ont en commun d'avoir à affronter une tempête médiatique et judiciaire.

Aux dénégations et au silence de Jérôme Cahuzac, Claude Guéant, lui, a préféré la tactique opposée : répondre à tout, tout de suite, partout, répondre aux accusations de financement occulte de la campagne de son mentor. Courir les plateaux télé et radio, il a donné pas moins de sept interviews pour la seule journée de mardi, trois autres au moins ce matin dans la presse écrite… Saturer donc, l’espace médiatique, ne pas laisser de place au doute, car dans notre société, le moindre silence a vite fait d’être interprété comme un aveu de culpabilité... Mais ce qui frappe aussi, et peut-être surtout, c'est la solitude de Claude Guéant depuis que l'affaire a éclaté. En temps normal, son camp devrait se lever comme un seul homme pour défendre ce pilier de la Sarkozie. Mais là, rien ou presque. C’est silence à tous les étages... Pas de communiqué enflammé de l'UMP dénonçant les fuites dans la presse sur une affaire en cours d'instruction, pas de coup de gueule contre les juges qui auraient cherché à épingler une nouvelle tête à leur tableau de chasse ou à ébranler Nicolas Sarkozy. Pas même, non, de bon vieux rappel pavlovien de la présomption d'innocence. C'est à croire que l'opposition avait la tête ailleurs, peut-être dans le muguet du 1er mai, mais depuis 48 heures, tout se passe comme si Claude Guéant était en quelque sorte victime d'un effet Cahuzac. Là où la classe politique surréagissait, eh bien désormais elle hésite, elle attend d'en savoir plus, de peur d'être mise dans le même sac en cas de rebondissement. Du coup, la seule voix qu'on a entendu, était foncièrement à charge, Roselyne Bachelot, pourtant ex-collègue de Claude Guéant, qui l'a accusé d'être soit un menteur, soit un voleur, quand il a affirmé que les enveloppes d'argent liquide étaient monnaie courante dans les ministères jusqu'en 2006. Bien sûr, Roselyne Bachelot n'est plus ministre, mais là encore elle n'a quasiment pas été démentie… Vous connaissez le dicton : « avec des amis comme ça... »

Mais le plus surprenant, c’est sans doute la ligne de défense choisie par Claude Guéant…

Autant les aveux de Jérôme Cahuzac étaient verrouillés, « media-trainés », coachés et au final, parfaitement inaudibles, autant les arguments de Claude Guéant, eux, peuvent laisser un peu perplexe.

Sur les paiements en liquide par exemple : ces 20 à 25.000 euros qu'il aurait touchés de la part de l’Etat, Claude Guéant parle de « montants modestes », de « petites sommes », « pas faramineuses », qui auraient servi à acheter de l'électroménager… Pourquoi cette précision ? Quand les sommes en jeu constituent l'équivalent d'une année de revenus des Français, cela donne l'image d'une déconnexion de la réalité, et celle d'un ministre qui au moment de passer à la caisse, sort sa liasse de billets pour payer son réfrigérateur ou même son grille pain...

Sur la justification de ces versements en liquide, là encore, Claude Guéant semble faire preuve de légèreté… « Ce sont des primes que l'on reçoit comme ça, de toute éternité, voilà c'est tout », a t-il tenté d'expliquer à nos confrères de BFMTV, avant d'ajouter cette fois sur France 2 : « a posteriori, on se dit que c’était anormal ». Et Claude Guéant d'affirmer que les services fiscaux étaient parfaitement au courant, et qu'ils auraient fermé les yeux. Voilà donc un ex-ministre qui nous apprend que des primes occultes ont bien existé dans son ministère -même après leur suppression par Lionel Jospin- qu'elles étaient versées comme ça, tous les mois, régulièrement, qu'elles échappaient au fisc, et qu'il en a bien bénéficié…

Enfin l'argument choc : Claude Guéant balaie l'idée d'un éventuel blanchiment d'argent, avec cette formule : « Je n’ai jamais rien blanchi, je ne sais pas comment on fait ». Et là, évidemment, on se souvient que le même Claude Guéant a tout de même présidé, pas plus tard qu'en 2011, un sommet du G8 consacré… à la lutte contre le blanchiment d'argent sale. On ne sait pas s’il faut s’en réjouir ou s’en inquiéter.

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