Le 1er mai a montré le grand désarroi de la gauche française…

Ce 1er mai et le vote du plan d’économie de Manuel Valls se sont déroulés cette semaine dans une ambiance de sinistrose généralisée pour la gauche. Le mood politique actuel est à la profonde déprime de ce que l’on a coutume d’appeler le « peuple de gauche ». Pourtant François Hollande n’avait pas promis grand-chose. Il n’est pas arrivé au pouvoir avec l’idée de « changer la vie » comme le prétendait François Mitterrand. Les prises de pouvoir démocratiques de la gauche sont devenues banales. Ce ne sont plus des moments de grâce, comme en 36, à la libération ou en 1981. Nous sommes dans le jeu à la fois terne et rassurant de l’alternance. Quand la gauche est à l’Elysée, il ne s’agit plus de faire aboutir un fol espoir. Il ne s’agit que du jeu normal de la démocratie-clignotant. Dans ce contexte la sage modération de Jean-Marc Ayrault, puis le pragmatisme froid de Manuel Valls, achèvent d’éteindre les derniers feux de l’utopie. « Enfin la fin de la gauche des illusions » dit-on dans le reste de l’Europe. « La fin de la gauche de l’ambition », voilà plutôt ce que ressent le peuple de gauche en France qui, pour autant, ne se semble pas se tourner en masse vers ceux, au Front de Gauche, par exemple, qui proposent d’entretenir ou de ranimer la flamme ! François Hollande pouvait bien dire, pendant sa campagne qu’il voulait « réenchanter le rêve français » ça sonnait comme une promesse technique plus que comme l’espoir de changer de système ! De toute façon, tout le monde a déjà oublié ce slogan ! Hier le pavé était battu par des syndicalistes, des militants, des habitués, pas plus.

Des manifestants qui ne voient pas quelles sont les différences entre la droite et la gauche… ça faisait partie des slogans hier !

Oui parce que finalement la droite et la gauche de gouvernement s’accusent simplement d’être incapables de réussir à atteindre des objectifs qui leur sont commun. L’UMP et le PS semblent avoir le même but, un but louable : faire baisser le chômage et retrouver une certaine prospérité. UMP et PS se battent pour cet objectif et s’accusent simplement d’impuissance, de manque de courage. C’est quand même très différent que de proposer deux chemins, deux visions de la société. Il restait quand même les questions dites « sociétales », le mariage pour tous par exemple. Sur ces sujets, nous avions bien deux visions du monde, deux conceptions de la liberté, de ce que doit être notre civilisation. Mais la gauche sait qu’en temps de crise économique ces sujets seront toujours secondaires, voire suspects. Et puis c’en est fini. Manuel Valls affirme qu’il ne fera plus de sociétal. Le gouvernement Valls se propose d’aller, sur les questions économiques et sociales (pour citer le Premier ministre qui paraphrasait le slogan du journal L’Equipe ), d’aller « plus vite, plus fort, plus loin ». Plus vite, plus fort, plus loin… mais dans la même direction, non seulement que son prédécesseur à Matignon mais aussi que la précédente majorité. Peut-être que la gauche française, héritière de 1789 met plus de temps que les autres gauches européennes à abandonner l’idée de révolutionner. La gauche française est en crise existentielle. Avec Manuel Valls à Matignon (il reste populaire, plus populaire que beaucoup d’autres leaders plus à gauche) le peuple de gauche semble se résigner à avaler une potion amer mais nécessaire… la tristesse de ce 1er mai ne reflétait rien d’autre que la grimace du patient déglutissant la première gorgée de ce breuvage dont il n’est même pas certain qu’il le sauvera.

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