Retour sur les deux évènements organisés par les Le Pen père et fille hier.

Oui, parce qu’en ce moment, à droite, à gauche comme à l’extrême droite, il y a comme un bouillonnement idéologique assez confus. Qu’en est-il dans la sphère du FN ? La branche dissidente, d’abord, celle de JM Le Pen, qui s’est réunie autour de la statue de Jeanne d’Arc : un composite des extrêmes droites françaises d’antan, une réunion des copains d’avant la République, une galerie de personnages poussiéreux, vieille France, nostalgiques du Maréchal ou même de l’ancien Régime. Il y avait, outre trois députés européens, Henri de Lesquen, fondateur du Club de l’Horloge, patron de Radio Courtoisie (une sorte de Rire et Chansons involontaire et réactionnaire). De Lesquen est à la fois ultra-libéral et ultra nationaliste, il réclame le droit au racisme dit positif, explique que l’esclavage était nécessaire et tient en horreur ce qu’il appelle la « musique nègre ». Il y avait aussi Jérôme Bourbon le patron de Rivarol, catholique intégriste, antisémite, révisionniste (que JML fréquente beaucoup en ce moment) et toute une kyrielle de crânes rasés. Bref, Jean-Marie Le Pen en perdition n’a tout simplement plus de surmoi démocratique.

Mais il n’y avait pas grand monde autour de lui !

Non, à peine 400 personnes. Il est fini, comme tous les énergumènes pittoresques, maintenant plus grotesques qu’effrayants, qui l’entouraient. Mais il n’est pas inutile de rappeler qui ils sont et ce qu’ils représentent parce que ces personnages sont les compagnons de toujours de la famille Le Pen. Et jusqu’à il n’y a pas si longtemps, Marine Le Pen s’en accommodait parfaitement. Le FN officiel se réunissait, lui, hier en masse, porte de la Villette, à Paris. Le FN mariniste est maintenant une organisation puissante mais idéologiquement très basique, qui cherche surtout à n'être raccrochée à rien de ce qui évoque l’extrême-droite classique paternelle. Ce désert conceptuel est peuplé de slogans, de stratégies basées sur le charisme de la patronne, de sa capacité tribunicienne à incarner le côté râleur des Français, leur exaspération, avec le moins de références historiques possibles, tout au plus l’affirmation (abusive) d’une sorte de gaullisme autoritaire et souverainiste. Les politologues et sondeurs se perdent en conjecture pour savoir si le vote FN est un vote de protestation ou, désormais, un vote d’adhésion. Il se pourrait bien que ce soit surtout un vote d’adhésion à une protestation protéiforme. L’idéologie mariniste ne peut se définir qu’à gros traits. Pas la peine d’aller chercher Maurras, Barres ni même Poujade, ni tenter de classer ce fatras dans le légitimisme ou le bonapartisme de René Rémond. Il s’agit juste de réclamer de l’autorité et des frontières, et maintenant d’invoquer l’apaisement. Et pour imposer cette nouvelle idée de « l’apaisement » (quel aveu), Marine Le Pen s’imposer une diète médiatique. Mais derrière cette apparente vacuité idéologique, se profile déjà la troisième génération. Marion Maréchal Le Pen qui a prévu de se rendre au colloque de l’Action Française le 7 mai. Colloque qui a pour titre « Je suis royaliste, pourquoi pas vous ?» Revoilà les amis du grand-père. Parce que le vide idéologique (qui peut constituer, un temps, une stratégie efficace) ne demande qu’à être rempli…

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