Derrière la présidentielle, un autre enjeu : le leadership à gauche

JL.Mélenchon – qui fait le pari d’un Macron gagnant- a une chance historique de renverser le rapport de force à gauche. Rapport de force qui était –depuis 50 ans- en faveur des socialistes sur le PC et son successeur, la gauche mélenchonienne. La stratégie de rupture et d’affrontement avec les socialistes de JL Mélenchon a été très efficace et aujourd’hui, après avoir réuni 3 fois plus de voix que Benoit Hamon, c’est lui qui règne sur la gauche. Mais c’est une domination fragile tant qu’elle n’est pas fixée par les législatives. Et là, ce sera une autre paire de manches parce que le PS, même saigné par EM, reste un appareil, avec des sortants par dizaines, bien implantés. Voilà pourquoi JL. Mélenchon a voulu, dans cet entre-2 tours, préserver à tout prix l’unité de ses électeurs, alors que dimanche ils adopteront 2 attitudes antagonistes et potentiellement facteurs de fracture. JL.Mélenchon estime que révéler son vote serait attiser la division. Mais cette stratégie qui tend à ne pas brusquer ses électeurs, ceux qui voteront Macron, blanc ou qui s’abstiendront, a une conséquence : elle absout ses partisans qui renvoient dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen, une rupture dans la tradition de la gauche, d’opposition sans condition à l’extrême-droite.

Quelle peut être la portée de cette stratégie sur le résultat de l’élection ?

C’est très difficile à dire, nous aurons dans la journée le résultat de la consultation des 450.000 signataires de la plateforme de la France Insoumise sur ce qu’il convient de faire au 2ndtour. Ce ne sera pas une consigne de vote disent les porte-paroles du candidat. Mais déjà notre sondage Ipsos pour le 2nd tour, qui sera entièrement dévoilé à la mi-journée, montre qu’un tabou est tombé. Parmi les électeurs de Mélenchon, 47% s’apprêtent à voter pour Macron, 34% s’abstiendront ou voteront blanc, mais surtout 19% prévoient de glisser un bulletin Marine Le Pen ! On en était à 8% avant le 1ertour. Le relativisme tactique de JL Mélenchon a un effet indésirable : il décomplexe le vote Le Pen d’une partie substantielle de ses électeurs. JL Mélenchon estimait, il y a 2 jours, que la part d’entre eux qui s’apprêtent à voter Le Pen était résiduelle. Il se trompe. Ils sont donc près de 20% à prévoir d’enfreindre la seule consigne de la France insoumise : pas une voix pour l’extrême-droite. Il faut dire que Marine Le Pen ne lésine pas sur les symboles. Dans une vidéo aimable, destinée aux électeurs de gauche, la candidate appelle (avec des accents très 1930) à faire barrage, je cite, « au banquier Macron ». Donc la stratégie mélenchonienne qui consiste à ne pas appeler à voter Macron peut –à 1èrevue- être payante pour son leadership sur la gauche, mais le prix symbolique et politique est très élevé ! Et puis, pour le rapport de force, non plus simplement à gauche mais dans l’ensemble de l’opposition -droite et extrême droite comprise- ce n’est sans doute pas un si bon calcul pour JL. Mélenchon face à une Marine Le Pen qui sortirait dimanche soir (avec un bon score) renforcée, bien mieux placée que le leader de la France Insoumise pour les législatives et la tête de l’opposition à venir.

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